
Au cœur de Tours, ces trois maisons gothiques du XVe siècle dévoilent cours intérieures, galeries en charpente et un somptueux balcon-enseigne en fer forgé — un fragment intact de la cité médiévale.

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Nichées dans le vieux Tours, rue de la Scellerie ou à deux pas de la place Plumereau, ces trois maisons du XVe siècle constituent l'un des rares témoignages complets de l'habitat urbain médiéval tourangeau. Élevées de trois étages sur rez-de-chaussée, elles forment un ensemble cohérent où l'architecture civile gothique tardive se lit encore avec une clarté saisissante, à l'abri des transformations massives qui ont reconfiguré tant d'autres quartiers historiques. Ce qui rend ce groupe de maisons véritablement singulier, c'est l'organisation de l'espace autour d'une cour commune, véritable microcosme de la vie bourgeoise médiévale. À l'est, un escalier à rampes droites avec galeries structure la circulation verticale avec élégance ; à l'ouest, une aile dotée d'une galerie en charpente rappelle les dispositifs en encorbellement caractéristiques de la Touraine du XVe siècle ; au sud, un petit corps de logis ferme le tableau, créant une intimité préservée du tumulte de la rue. La maison portant le numéro 23 est sans conteste la pièce maîtresse de l'ensemble. Sa porte de rez-de-chaussée, surmontée d'une accolade à crochet et fleuron, illustre le vocabulaire ornemental du gothique flamboyant à son apogée. Quant au balcon-enseigne en fer forgé du XVIIIe siècle qui orne sa façade, il témoigne d'une stratification temporelle fascinante : les siècles se superposent sans se contredire, le commerce moderne du Grand Siècle s'est simplement posé sur l'ossature médiévale sans l'effacer. Pour le visiteur attentif, ces maisons offrent une leçon d'architecture vivante. Ici, point de mise en scène muséale : les bâtiments ont continué à vivre, à être habités, à porter les traces de chaque génération. La patine des pierres, les modénatures usées, les bois sculptés des galeries — tout invite à ralentir et à lire l'espace comme on lit un palimpseste. Tours, capitale du Val de Loire et ville royale par excellence, n'est pas seulement ses châteaux ; elle est aussi ces maisons discrètes qui ont abrité artisans, marchands et bourgeois au fil des siècles.
L'architecture de ces trois maisons relève du gothique civil tardif, courant dans les villes de la Loire dans la seconde moitié du XVe siècle. Élevées de trois étages sur rez-de-chaussée, elles présentent une élévation généreuse qui témoigne de la prospérité de leurs premiers occupants. La pierre de tuffeau — matériau roi de la région, facile à tailler et d'une belle couleur crème — est très probablement le matériau dominant des structures maçonnées, tandis que la charpente de bois de châtaignier constitue les galeries et encorbellements. L'élément le plus remarquable sur le plan ornemental est la porte du rez-de-chaussée de la maison numéro 23, couronnée d'une accolade à crochet et fleuron. Ce vocabulaire typiquement gothique flamboyant — l'accolade en ogive inversée, les crochets végétaux qui en garnissent les rampants, le fleuron qui en couronne le sommet — place l'édifice dans la tradition des grandes demeures urbaines de la fin du Moyen Âge. Le balcon-enseigne en fer forgé du XVIIIe siècle, apposé sur cette même façade, crée un dialogue stylistique saisissant entre deux siècles de savoir-faire artisanal. L'organisation de la cour commune constitue la véritable signature architecturale de l'ensemble : l'escalier à rampes droites avec galeries à l'est, l'aile à galerie en charpente à l'ouest et le petit corps de logis au sud forment un dispositif spatial complet qui articule circulation, lumière et usage de manière parfaitement maîtrisée. Cette organisation en U autour d'une cour fermée préfigure les grandes cours d'hôtels particuliers de la Renaissance tout en restant profondément ancré dans les logiques spatiales du gothique tardif.
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