
Joyau du gothique civil tourangeau, cette maison à pans de bois du XVe siècle conserve ses poteaux corniers sculptés d'angelots, témoins rares de l'élégance bourgeoise médiévale au cœur de Tours.

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Au détour d'une rue du vieux Tours, cette maison médiévale à pans de bois s'impose comme l'un des témoignages les plus intacts de l'architecture civile gothique de la Loire. Élevée d'un rez-de-chaussée et de trois étages — dont le dernier aménagé dans le comble —, elle déploie une silhouette caractéristique des demeures urbaines prospères du XVe siècle, où la verticalité répond aux contraintes du parcellaire médiéval. Ce qui rend cette maison véritablement singulière, c'est la survivance de ses poteaux corniers d'angle, dont plusieurs arborent encore leur ornementation sculptée : des têtes d'angelots aux traits finement ciselés qui témoignent du soin apporté à l'embellissement des façades, même dans des bâtiments à vocation essentiellement résidentielle. À une époque où Tours était l'une des villes les plus actives du royaume, résidence favorite des derniers Valois, une telle profusion décorative n'avait rien d'anodin. L'expérience de la visite tient autant à la découverte de ces détails sculptés qu'à l'immersion dans le tissu urbain médiéval que la ville a su préserver. La façade, avec son ordonnance de colombages et ses encorbellements successifs qui avancent sur la rue à chaque niveau, illustre parfaitement les règles constructives de la charpenterie gothique tardive, à la fois fonctionnelles et esthétiques. Inscrire sur sa liste de promenade cette maison modeste en apparence mais riche en détails, c'est s'offrir une leçon d'histoire architecturale en plein air, loin des foules qui se pressent vers les grandes cathédrales. Pour l'amateur de patrimoine authentique, ce genre de découverte constitue souvent le moment fort d'un séjour tourangeau.
La maison présente une structure typique de la charpenterie gothique civile de la fin du Moyen Âge : une ossature en bois — poteaux verticaux, sablières horizontales, décharges obliques — formant la trame portante, remplie de maçonnerie légère. L'élévation se décompose en un rez-de-chaussée, probablement jadis occupé par une boutique ou un atelier ouvrant sur la rue, suivi de trois étages dont le dernier est logé dans le volume du comble, éclairé par des lucarnes. L'élément le plus remarquable est constitué par les poteaux corniers, ces montants d'angle qui stabilisent la structure aux jonctions des façades. Plusieurs d'entre eux ont conservé leur décoration sculptée de têtes d'angelots — chérubins aux visages joufflus et aux ailes déployées, motif cher à l'iconographie de la fin du gothique et de la première Renaissance. Ce type d'ornementation, relativement coûteux car nécessitant l'intervention d'un sculpteur qualifié, témoigne du statut social du commanditaire et de la vitalité de l'artisanat tourangeau à cette époque. La façade s'organise selon le principe de l'encorbellement progressif : chaque étage déborde légèrement sur l'inférieur, permettant d'agrandir la surface habitable tout en protégeant la base des intempéries. Les fenêtres, probablement remaniées au cours des siècles, s'inscrivent dans des travées régulières. L'ensemble forme une composition sobre mais équilibrée, représentative du meilleur de la construction bourgeoise médiévale du Val de Loire.
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Tours
Centre-Val de Loire