Maison Renaissance ou ancien hôtel de Lestrade dit aussi "hôtel de la Joubertie"
Au cœur de Périgueux, cet hôtel Renaissance dissimule un trésor architectural unique en France : un escalier à quatre noyaux au décor sculpté d'une virtuosité exceptionnelle, survivant miraculeux d'un grand logis seigneurial du XVIe siècle.
Histoire
Nichée dans le tissu historique de Périgueux, la maison Renaissance dite hôtel de Lestrade — ou hôtel de la Joubertie — est l'un de ces monuments qui défient le temps avec une élégance discrète. De l'extérieur, rien ne trahit la magnificence de ce qui se cache à l'intérieur : un escalier Renaissance d'une sophistication rare, vestige presque miraculeux d'un logis seigneurial emporté par les flammes au début du XIXe siècle. Ce fragment architectural est pourtant d'une richesse telle qu'il justifie à lui seul l'intérêt des spécialistes d'architecture civile du XVIe siècle. Ce qui rend ce monument véritablement unique, c'est la conception de son escalier à quatre noyaux — une disposition extrêmement rare dans l'architecture domestique française de la Renaissance. Contrairement aux escaliers à vis ou à noyau central qui dominent la période, ce dispositif à trois volées droites et deux repos en retour d'équerre témoigne d'une influence italienne assimilée et réinterprétée par des artisans périgourdins d'une grande maîtrise. Les colonnes formant les noyaux, les plafonds à caissons ornementés des paliers et la balustrade aux balustres rampants d'une forme sans équivalent connu composent un ensemble sculptural d'une cohérence remarquable. L'expérience de visite est celle de la découverte intime : on pénètre dans un espace qui a résisté à l'incendie, à la Révolution et aux siècles, comme suspendu dans sa propre temporalité. Le palier de l'étage noble retient particulièrement l'attention, avec ses trois caissons peuplés de figures mythologiques — une Vénus aux longs cheveux accompagnée d'Éros — et d'armoiries martelées dont l'identité reste à reconstituer, ajoutant une part de mystère à la contemplation. Le cadre périgourdins amplifie le charme du lieu. Périgueux, ancienne Vesunna romaine devenue cité épiscopale médiévale puis ville consulaire, conserve un patrimoine architectural d'une densité exceptionnelle, et l'hôtel de Lestrade s'y inscrit comme l'un des exemples les plus raffinés de l'art de vivre noble à la Renaissance. Pour l'amateur d'architecture, le photographe ou le voyageur en quête d'authenticité, ce monument classé offre un rendez-vous avec un passé à la fois glorieux et énigmatique.
Architecture
L'escalier de l'hôtel de Lestrade appartient à la typologie rare des escaliers Renaissance à quatre noyaux, disposition qui le distingue radicalement des modèles à vis médiévaux et même des escaliers à noyau simple qui dominent l'architecture civile française du XVIe siècle. Il se compose de trois volées droites reliées par deux repos formant retour d'équerre, s'élevant sur deux étages complets et s'appuyant latéralement sur un mur de cage en pierre calcaire du Périgord. Cette structure, qui évoque les recherches spatiales contemporaines de l'architecture italienne, confère à l'ensemble une lisibilité et une fluidité de circulation que les architectes de la période recherchaient comme signe de modernité. La richesse décorative est concentrée sur deux éléments : les noyaux et les plafonds. Les colonnes constituant les quatre noyaux sont sculptées avec soin, leurs fûts et chapiteaux intégrant un répertoire ornemental classicisant — rinceaux, oves, perles — d'une grande finesse d'exécution. Les plafonds à caissons des repos et paliers représentent le sommet de l'art du sculpteur : le palier de l'étage noble présente trois caissons figuratifs, dont l'un est orné d'une Vénus aux longs cheveux accompagnée d'Éros, références mythologiques caractéristiques du goût humaniste de la Renaissance française. Les armoiries martelées, dont seul le relief subsiste, témoignent des vicissitudes politiques ou successorales ayant conduit à leur destruction volontaire. La balustrade offre un intéressant témoignage de l'évolution stylistique de l'escalier au fil du temps. La première volée conserve des balustres rampants d'une forme originale et rare, probablement d'origine, tandis que les autres volées sont dotées de balustres en double poire, plus récents, caractéristiques d'une restauration ou d'un remplacement intervenu peut-être au XVIIe ou XVIIIe siècle. Cette coexistence de deux générations de mobilier lapidaire constitue en elle-même un document précieux pour l'histoire de l'architecture décorative périgourdine.
Personnages liés
Carte
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