Au cœur du vieux Quintin, cette maison du XVIIe siècle dévoile ses poutres d'avant-solier moulurées et une mystérieuse tête sculptée en relief, témoins vivants du faste d'une cité érigée en duché en 1691.
Dans les ruelles pavées de Quintin, petite cité de caractère des Côtes-d'Armor, cette maison du XVIIe siècle s'impose comme un fragment d'histoire préservé au milieu du tissu urbain ancien. Inscrite aux Monuments Historiques depuis 1951, elle appartient à cet ensemble d'édifices civils qui confèrent à Quintin son atmosphère singulière, entre architecture populaire et raffinement bourgeois propre aux villes drapières bretonnes en pleine expansion. Ce qui distingue immédiatement cette demeure, c'est la qualité de ses poutres d'avant-solier moulurées en bois, visibles aux deux étages de la façade. Ces éléments en encorbellement, typiques de la construction urbaine bretonne des XVIe et XVIIe siècles, ne sont pas de simples supports structurels : leur mouluration soignée trahit la volonté d'un propriétaire soucieux d'afficher son rang et son goût pour le beau travail artisanal. Le bois de chêne, patiné par les siècles, offre aujourd'hui une teinte ambrée qui contraste harmonieusement avec la pierre locale. Mais le détail le plus intrigant de cette façade demeure, sans conteste, la petite tête sculptée en relief positionnée à hauteur du premier étage. Visage énigmatique figé dans la pierre ou le bois, elle interpelle le passant et rappelle que l'architecture civile de l'époque moderne aimait à ponctuer ses façades de figures apotropaïques ou décoratives, héritières d'un imaginaire médiéval encore bien vivace dans la Bretagne du Grand Siècle. Visiter cette maison, c'est plonger dans l'atmosphère d'une ville qui connut son apogée à l'ère des toiles de lin et du commerce textile, une prospérité qui permit aux marchands et notables quintinoises de construire ces belles demeures aujourd'hui classées. Le monument se visite depuis la rue, ce qui en fait une étape idéale lors d'une flânerie dans le centre historique, entre la basilique Notre-Dame et le château des Ducs.
La maison présente une architecture civile urbaine typique de la Bretagne intérieure au XVIIe siècle, où la maîtrise du charpentier le dispute à celle du maçon. Sa façade est rythmée par des poutres d'avant-solier moulurées en bois aux deux niveaux d'étage, un dispositif en encorbellement qui permettait historiquement d'augmenter la surface habitable à chaque étage tout en protégeant le rez-de-chaussée des intempéries. La qualité des moulures — probablement à profils en cavet, gorge ou quart-de-rond selon les canons décoratifs de l'époque — témoigne d'un niveau d'exécution artisanale élevé, faisant appel à des charpentiers formés aux usages décoratifs de la Renaissance tardive. L'élément le plus singulier demeure la petite tête sculptée en relief positionnée à hauteur du premier étage. Ce motif, que l'on retrouve fréquemment dans l'architecture civile bretonne des XVIe et XVIIe siècles, pouvait revêtir plusieurs significations : figure prophylactique destinée à éloigner les mauvais esprits, représentation du propriétaire ou d'un personnage allégorique, ou simple ornement décoratif dans la tradition du grotesque renaissant. Sa taille modeste et son positionnement discret suggèrent un décor intégré à la composition générale de la façade plutôt qu'une commande monumentale. Les murs sont vraisemblablement construits en moellons de granite ou de schiste, matériaux dominants dans la construction bretonne de cette période, tandis que la toiture devait être couverte d'ardoise, selon l'usage quasi universel dans les Côtes-d'Armor. L'ensemble témoigne d'une synthèse réussie entre les traditions constructives régionales et les influences décoratives venues des grands centres artistiques français et italiens, diffusées par les traités d'architecture en circulation au XVIIe siècle.
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