Maison Ezemar
Nichée dans le vignoble girondin, la Maison Ezemar cache dans sa tour circulaire un trésor rarissime : un papier peint panoramique « Les Ruines de Rome », chef-d'œuvre de la manufacture Dufour, déroulant 24 lés de vues antiques dans un écrin intime.
Histoire
Au cœur de la commune des Esseintes, en Gironde, la Maison Ezemar appartient à cette catégorie de demeures bourgeoises rurales qui réservent à leurs visiteurs les surprises les plus inattendues. De l'extérieur, rien ne trahit l'extraordinaire décor intérieur qui sommeille dans la tour circulaire accolée à la façade côté jardin au tout début du XIXe siècle. C'est pourtant ici que se dissimule l'un des ensembles de papier peint panoramique les mieux conservés de toute la région Aquitaine. Ce qui rend la Maison Ezemar absolument singulière, c'est la présence intacte de ce panoramique « Les Ruines de Rome », attribué à la célèbre manufacture parisienne Dufour, pionnière du genre. Composé de vingt-quatre lés numérotés, organisés en quatre grands panneaux rythmés par les deux portes d'accès à la pièce circulaire, ce décor enveloppant transporte le spectateur dans un voyage imaginaire parmi les vestiges de l'Antiquité romaine — colonnes brisées, arcs triomphaux, temples à demi effondrés baignés d'une lumière mélancolique caractéristique du goût Directoire. L'expérience de visite est celle d'une découverte presque confidentielle : on pénètre dans une demeure à l'apparence sobre, puis la tour s'ouvre comme un cabinet de curiosités habillé de papier. La rotondité de la pièce amplifie la dimension immersive du panoramique, donnant l'impression d'être littéralement cerné par les ruines romaines. L'échelle humaine du lieu confère à cette œuvre une intimité que les grands salons ne sauraient offrir. Le cadre environnant, typique des campagnes girondines entre vignes et bocage, renforce le contraste saisissant entre la modestie de la bâtisse rurale et la sophistication de son décor intérieur. Ce paradoxe est lui-même un témoignage fascinant des ambitions culturelles d'une bourgeoisie provinciale au tournant des XVIIIe et XIXe siècles, avide de s'approprier les modes parisiennes jusque dans ses retraites champêtres.
Architecture
La Maison Ezemar se présente comme un corps de logis rectangulaire caractéristique de la demeure bourgeoise rurale girondine du XVIIIe siècle, aux volumes sobres et à l'élévation mesurée. La maçonnerie, probablement en pierre calcaire locale selon la tradition constructive de la région bordelaise, s'inscrit dans le classicisme discret propre aux constructions provinciales de cette période. Les façades, sans ornementation excessive, reflètent la retenue d'un habitat conçu pour allier confort et dignité. L'addition majeure est la tour circulaire érigée en 1805-1806 contre la façade côté jardin. Cette rotonde, de dimensions modestes mais à forte charge symbolique, reprend le vocabulaire néoclassique alors en vogue : la forme cylindrique, empruntée aux temples de l'Antiquité et aux pavillons de jardins à l'anglaise, confère à l'ensemble une touche d'élégance savante. C'est à l'intérieur de cette tour que se révèle le véritable chef-d'œuvre : le papier peint panoramique en vingt-quatre lés numérotés, organisés en quatre panneaux continus séparés par les deux portes d'accès. La disposition des lés exploite habilement la circularité de la pièce, créant un effet d'enveloppement total propre au genre panoramique. Les teintes douces, les compositions de ruines romaines baignées de lumière méridionale et les perspectives savantes font de cet intérieur une œuvre d'art à part entière, à mi-chemin entre la peinture décorative et le trompe-l'œil.


