Maison du 18e siècle
Au cœur d'Excideuil, cette façade du XVIIIe siècle, seul vestige d'un hôtel particulier périgourdin, déploie une ornementation raffinée : pilastres à chapiteaux, coquille baroque et heurtoir d'époque.
Histoire
Dans les ruelles tranquilles d'Excideuil, bourgade périgourdine nichée entre Dordogne et Auvézère, se dresse une façade qui résiste au temps avec une élégance obstinée. Orpheline du corps de logis qui l'accompagnait jadis et qui s'est effondré au fil des siècles, elle se tient seule comme un décor de théâtre, offrant au regard toute la noblesse d'un art de bâtir provincial au sommet de son raffinement. Ce qu'on contemple ici n'est pas le fragment mutilé d'un passé révolu, mais une œuvre à part entière. La façade organise avec rigueur ses éléments décoratifs autour d'une porte cochère à arc en plein cintre, encadrée de quatre pilastres plats dont les chapiteaux incurvés, ornés d'une guirlande de laurier, évoquent le vocabulaire classique romain relu par les maîtres d'œuvre du Grand Siècle et de la Régence. Le motif en écaille de poisson couronné d'une large coquille confère à l'ensemble une touche résolument baroque, d'une sensualité discrète et maîtrisée. La terrasse qui couronne le tout repose sur un entablement soigné, soulignant la silhouette de la demeure avec cette sobriété propre aux grandes maisons de province qui savaient allier prestige et mesure. Les boiseries et le heurtoir, conservés d'origine, sont des témoins précieux d'un intérieur disparu : ils laissent imaginer les allées et venues d'une famille bourgeoise aisée, les carrosses franchissant le porche, les salons animés de conversations policées. Pour l'amateur d'architecture, ce vestige constitue un document exceptionnel sur les modes ornemental des hôtels particuliers de province au XVIIIe siècle. Pour le simple promeneur, c'est une rencontre inattendue avec la beauté dans un cadre intimiste. Inscrite aux Monuments Historiques depuis 1948, cette façade bénéficie d'une protection méritée qui garantit sa survie et perpétue le dialogue singulier qu'elle engage avec la rue.
Architecture
La façade adopte les principes du classicisme français provincial du XVIIIe siècle, avec une organisation verticale structurée par quatre pilastres plats dont les chapiteaux incurvés, ornés d'une guirlande de laurier stylisée, s'inspirent du registre composite. Ces pilastres encadrent une porte cochère à arc en plein cintre, dont les claveaux sont mis en valeur par un traitement soigné de la pierre. Au-dessus de l'arc, un motif en écaille de poisson — disposition de pierres taillées en relief évoquant les imbrications d'un écaillage — surmonte une large coquille sculptée, motif récurrent de l'ornementation Régence et Rococo, symbole de la Vénusté et du raffinement mondain. L'ensemble de la façade est couronné par une terrasse reposant sur un entablement soigneusement profilé, composé d'une architrave, d'une frise et d'une corniche qui donnent à la composition son caractère académique. Les boiseries de la porte, conservées dans leur état d'origine, présentent sans doute des panneaux moulurés caractéristiques du style Louis XV, tandis que le heurtoir en métal forgé ou fondu constitue un objet d'art à part entière, témoignage direct des savoir-faire de la ferronnerie périgourdine du siècle des Lumières. Les matériaux employés sont ceux de la tradition constructive régionale : calcaire blond du Périgord, taillé et appareillé avec soin par des artisans locaux maîtrisant parfaitement les ressources de leur terroir.


