Au cœur de Bazouges-la-Pérouse, cette maison à pans de bois en encorbellement dressée sur un rez-de-chaussée en granit taillé incarne l'art urbain breton du XVIIe siècle dans toute sa sobriété élégante.
Nichée dans le bourg médiéval de Bazouges-la-Pérouse, en Ille-et-Vilaine, cette maison à pans de bois constitue l'un des témoignages les plus authentiques de l'architecture civile bretonne du Grand Siècle. Inscrite aux Monuments Historiques depuis 1930, elle illustre avec une grande pureté la tradition constructive qui régissait alors les bourgs ruraux et commerçants de la Haute-Bretagne. Ce qui rend ce bâtiment véritablement singulier, c'est la rencontre de deux cultures constructives en un seul édifice : le granit taillé, matériau noble et pérenne extrait des carrières bretonnes, forme un rez-de-chaussée solide et austère, tandis qu'un étage entier en pan de bois s'avance en encorbellement au-dessus du passage, surplombant la rue dans une posture à la fois fonctionnelle et théâtrale. Cette dualité matériaux-techniques, loin d'être anodine, trahit l'aisance relative des commanditaires et leur maîtrise des codes architecturaux de l'époque. L'encorbellement — cette saillie caractéristique par laquelle l'étage déborde sur la rue — offrait un avantage pratique indéniable : gagner de la surface habitable sans empiéter sur la voie publique, tout en protégeant les passants et les devantures des intempéries. Dans les bourgs bretons du XVIIe siècle, ce type de construction signalait volontiers la demeure d'un marchand prospère, d'un notaire ou d'un artisan de renom. Aujourd'hui, la maison s'intègre dans le paysage patrimonial de Bazouges-la-Pérouse, village qui figure parmi les « Plus Beaux Villages de France » et conserve un ensemble remarquable d'architectures anciennes. La flânerie dans ses ruelles permet de replacer ce joyau dans son contexte urbain originel, parmi d'autres demeures et l'église Saint-Pierre qui veille sur le bourg depuis le Moyen Âge. Pour le visiteur attentif, la façade à colombages est une leçon d'architecture vernaculaire à ciel ouvert.
L'édifice repose sur une logique constructive bipartite caractéristique de la Bretagne intérieure au XVIIe siècle. Le rez-de-chaussée est entièrement réalisé en granit taillé, matériau emblématique de la région, dont les blocs soigneusement appareillés confèrent à la base de la maison une solidité et une verticalité austères. Cette assise en pierre dure contraste visuellement et symboliquement avec l'étage supérieur, traité en pan de bois à ossature apparente. Cet étage se distingue par son encorbellement : il déborde au-dessus du rez-de-chaussée grâce à un système de poutres et de solives en saillie, technique dite de « jetée » ou « hourdis », qui permettait d'étendre la surface de plancher sans fondations supplémentaires. Les poteaux et les écharpes en bois — probablement en chêne local — forment un réseau orthogonal et diagonal typique des constructions urbaines bretonnes et normandes du XVIIe siècle, les espaces entre les pièces de bois étant comblés par un remplissage en torchis ou en brique. La toiture, vraisemblablement en ardoise d'Anjou ou de Bretagne, achève cette composition en une ligne de faîtage sobre. L'ensemble de la façade témoigne d'une économie des moyens ornementaux propre à la tradition constructive bretonne : point de pilastres ou de frontons en trompe-l'œil, mais la beauté brute des matériaux, la précision des assemblages charpentés et le jeu d'ombre et de lumière que génère la saillie de l'encorbellement sur la rue pavée en contrebas. Cette sobriété fait aujourd'hui toute la valeur documentaire et esthétique du bâtiment.
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Bazouges-la-Pérouse
Bretagne