Au cœur de Tréguier, cette maison du XVIe siècle incarne l'architecture civile bretonne à colombages, témoin préservé de la prospérité marchande d'une cité épiscopale au temps de la Renaissance.
Nichée dans les ruelles pavées de Tréguier, ancienne capitale du Trégor et ville épiscopale parmi les plus illustres de Bretagne, cette maison du XVIe siècle s'impose comme un fragment authentique du tissu urbain médiéval et Renaissance qui a longtemps fait la réputation de cette cité au confluent du Jaudy et du Guindy. Elle appartient à un ensemble de demeures anciennes qui confèrent à Tréguier son caractère exceptionnel, entre cathédrale gothique et hôtels particuliers de négociants. Ce qui rend cette maison singulière, c'est la permanence de ses volumes et de ses éléments architecturaux caractéristiques de la construction civile bretonne du XVIe siècle : ossature en bois de chêne, encorbellements successifs, pans de bois et soubassement en granite du pays. Dans une région où la pierre de taille rivalise avec la charpenterie, cette demeure témoigne d'un savoir-faire de charpentiers-maîtres d'œuvre qui œuvraient pour une bourgeoisie aisée, marchands, officiers ou chanoines liés à la puissante cathédrale Saint-Tugdual. L'expérience de visite s'inscrit dans la promenade au fil des rues de Tréguier, ville haute de caractère où chaque carrefour révèle une façade à demi-pans de bois ou un porche sculpté. Observer cette maison, c'est plonger dans l'atmosphère d'une cité qui fut, au XVIe siècle, un foyer intellectuel et commercial actif, patrie natale d'Ernest Renan et longtemps siège d'un évêché breton influent. Le cadre immédiat, avec la silhouette élancée des clochers de la cathédrale Saint-Tugdual en toile de fond et les maisons à encorbellements qui forment l'armature de la place du Martray, offre aux amateurs d'architecture et aux photographes une composition urbaine rare. La lumière atlantique, tamisant à travers les colombages sombres, accentue le relief des sculptures et des moulures qui ornent les poteaux corniers.
La maison appartient au type des demeures à pans de bois caractéristiques de l'architecture civile bretonne du XVIe siècle, combinant une ossature portante en chêne massif et un soubassement en granite local. La façade sur rue présente un encorbellement — légère saillie des étages supérieurs sur le rez-de-chaussée — procédé constructif courant en Bretagne qui permettait d'agrandir l'espace habitable sans empiéter sur la voie publique. Les poteaux corniers et les sablières sont sculptés de motifs mêlant le répertoire gothique tardif et les premières inflexions Renaissance : rinceaux végétaux, têtes humaines stylisées, petits personnages ou animaux fantastiques trahissant la main de charpentiers-sculpteurs locaux. Les remplissages entre les pièces de charpente étaient traditionnellement exécutés en torchis ou en briques crues, parfois en schiste en placage, selon les ressources disponibles. Les baies du XVIe siècle adoptaient fréquemment un meneaux de pierre ou de bois divisant les fenêtres en deux ou quatre compartiments. La toiture, à forte pente comme l'imposait le climat atlantique breton, était couverte d'ardoises d'Anjou ou du Finistère, matériau noble qui supplantait progressivement le chaume dans les constructions bourgeoises de l'époque. Intérieurement, la distribution s'organisait autour d'un escalier en vis de charpente ou de pierre, desservant deux à trois niveaux. Les pièces principales conservaient vraisemblablement une cheminée en granite mouluré, élément structurant de la vie domestique, et un sol de dalles de schiste ou de terre cuite. L'ensemble forme un exemple cohérent et rare de l'architecture domestique du Trégor à la Renaissance, dont peu de spécimens ont survécu aussi intacts.
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