Maison du 16e siècle, sise autrefois à Blévy, en face de l'église, dite Maison de Blévy
Trésor sculpté de la Renaissance, la Maison de Blévy séduit par ses bas-reliefs d'une finesse rare : saint Pierre, Pietà et figures grotesques ornent cette demeure du XVIe siècle transplantée à Nogent-le-Roi.
Histoire
Nichée dans la ville de Nogent-le-Roi, au cœur de l'Eure-et-Loir, la Maison de Blévy est l'une de ces demeures bourgeoises qui résument à elles seules l'ambition artistique de la Renaissance française en province. Déplacée depuis le village de Blévy, où elle se dressait face à l'église paroissiale, elle a traversé les siècles sans perdre l'essentiel : un programme décoratif sculpté d'une richesse inhabituelle pour une maison de cette échelle. Ce qui distingue d'emblée la Maison de Blévy, c'est la qualité et la diversité de ses sculptures de façade. Le rez-de-chaussée, encadrant la porte d'entrée de part et d'autre, se révèle un véritable retable de pierre à ciel ouvert : un saint Pierre tenant ses attributs apostoliques, une Pietà d'une expressivité poignante, et une sainte portant une palme de martyre. Ces trois œuvres témoignent d'une commande pieuse et soignée, confiée à un atelier maîtrisant les codes de la statuaire renaissante. Mais la surprise vient aussi d'en haut : les poutres saillantes qui courent sous la toiture arborent trois figures grotesques, ces créatures hybrides héritées du répertoire antique que la Renaissance italienne avait remis au goût du jour. Leur présence sur une maison privée trahit un commanditaire cultivé, au fait des modes décoratives venues d'outre-monts, mêlant sans complexe le sacré et le fantastique. La visite de cette maison classée Monument Historique depuis 1914 s'adresse autant aux amateurs d'architecture qu'aux passionnés d'iconographie médiévale et renaissante. Prendre le temps d'examiner chaque panneau sculpté, de lire les visages des saints et la grimace des grotesques, c'est s'offrir une leçon de pierre sur les aspirations spirituelles et esthétiques d'un notable du XVIe siècle en Beauce. Le cadre de Nogent-le-Roi, petite ville au patrimoine préservé sur les bords de l'Eure, renforce le charme de la découverte. La Maison de Blévy s'inscrit dans un ensemble architectural cohérent qui invite à une promenade mémorielle au fil des ruelles.
Architecture
La Maison de Blévy présente les caractéristiques typiques de la maison bourgeoise de la première Renaissance française en milieu rural et semi-urbain. Construite selon toute vraisemblance en calcaire local — pierre blonde ou grise commune en Eure-et-Loir —, elle développe une façade sobre dont la sobriété du mur contraste puissamment avec la richesse du programme sculpté qui l'anime. L'élément architectonique le plus remarquable est l'encadrement de la porte d'entrée, transformée en véritable tribune sacrée par la présence des trois sculptures : saint Pierre, Pietà et sainte martyre. Ce dispositif, hérité des portails d'églises gothiques mais adapté à l'échelle domestique, témoigne d'un dialogue constant entre architecture civile et religieuse au XVIe siècle. La disposition des figures de chaque côté du seuil crée un effet d'accueil solennel, presque liturgique, propre aux demeures de notables soucieux d'afficher leur dévotion. La toiture, vraisemblablement à forte pente selon l'usage beauceron, est soulignée par des poutres ou des aisseliers apparents ornés des trois figures grotesques. Ces mascarons hybrides, sculptés dans le bois ou la pierre selon les usages locaux, apportent une touche d'humour et d'étrangeté savante qui tempère la gravité des scènes pieuses du rez-de-chaussée. L'ensemble forme ainsi un programme décoratif complet, du seuil à la corniche, cohérent dans son ambition tout en jouant sur deux registres — le sacré et le fantastique — caractéristiques de l'esthétique renaissante.


