Au cœur de Malestroit, cette maison Renaissance du XVIe siècle dévoile une façade en granit ornée de sculptures naïves, de lucarnes à fronton et d'une niche demi-circulaire d'une rare élégance bretonne.
Nichée dans les ruelles médiévales de Malestroit, l'une des cités les mieux préservées du Morbihan, cette demeure du XVIe siècle constitue un témoignage exceptionnel de l'architecture civile bretonne à l'aube de la Renaissance. Sa façade en granit local, sobre et robuste comme sait l'être la pierre de cette région, s'anime pourtant d'un vocabulaire décoratif surprenant qui trahit l'influence des courants humanistes alors en pleine diffusion dans toute la France. Ce qui frappe d'emblée le visiteur, c'est la coexistence harmonieuse entre la rigueur du matériau — un granit gris aux reflets bleutés caractéristique du pays de Vannes — et la fantaisie maîtrisée de l'ornementation sculptée. Les artisans locaux, imprégnés des nouvelles modes venues d'Italie par l'intermédiaire des grands chantiers royaux de la Loire, ont ici transposé à leur manière les canons renaissants, avec une franchise et une spontanéité qui constituent précisément le charme de l'édifice. La façade se lit comme un véritable livre de pierre : au rez-de-chaussée, la porte encadrée d'un fronton invite à franchir le seuil ; à l'étage, deux fenêtres rectangulaires aux colonnettes finement taillées rythment la composition. Le comble, couronné de deux lucarnes à fronton triangulaire, parachève cette élévation d'une cohérence remarquable pour une construction de cette envergure. Malestroit, avec ses maisons à pans de bois, ses arcades gothiques et ses hôtels Renaissance, offre un écrin idéal à cette demeure. Se promener dans ses rues pavées, c'est traverser plusieurs siècles d'histoire bretonne sans effort. Cette maison, inscrite aux Monuments Historiques depuis 1933, participe pleinement à l'identité patrimoniale d'une ville qui a su préserver son âme tout au long des siècles.
La façade, entièrement parementée de granit gris, s'organise sur trois niveaux : un rez-de-chaussée percé d'une porte monumentale surmontée d'un fronton, un étage noble à deux fenêtres rectangulaires encadrées de colonnettes ou de tores moulurés, et un comble animé par deux lucarnes à fronton triangulaire. Cette tripartition verticale, héritée des principes compositionnels de la Renaissance française, confère à l'édifice une lisibilité et une noblesse qui dépassent ses dimensions modestes. L'élément le plus singulier demeure la niche demi-circulaire placée immédiatement au-dessus de la porte d'entrée. Destinée à accueillir une statue de dévotion, elle constitue un motif typique de l'architecture civile bretonne du XVIe siècle, où le sacré s'invite jusque sur les façades des demeures privées. Les colonnettes ou tores d'encadrement des fenêtres de l'étage, quant à eux, témoignent d'une connaissance, même indirecte, du vocabulaire antique remis au goût du jour par les architectes de la Renaissance. Les sculptures dispersées sur la façade, sans doute des médaillons, des grotesques ou des motifs végétaux stylisés, constituent un programme iconographique d'une fraîcheur toute provinciale. L'emploi du granit — matériau difficile à sculpter mais omniprésent en Bretagne — explique le caractère parfois sommaire du travail ornemental, qui n'en possède pas moins une force expressive authentique. Les lucarnes à fronton triangulaire, enfin, rappellent les influences classiques qui se diffusaient alors depuis les grands chantiers royaux vers les villes de province.
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Malestroit
Bretagne