Maison du 16e siècle
À Langon, cette demeure urbaine de la fin du XVIe siècle déploie une façade d'une rare élégance : pilastres cannelés, masques expressifs et sirènes sculptées composent un décor maniériste saisissant.
Histoire
Au cœur de Langon, cité girondine jadis prospère grâce au commerce du vin et du sel, se dresse une maison qui concentre à elle seule toute la sophistication décorative de la bourgeoisie urbaine de la fin de la Renaissance française. Inscrite aux Monuments Historiques depuis 2000, elle témoigne d'un art de vivre et d'un goût pour l'ornement qui atteignirent leur apogée entre les années 1580 et les premières décennies du XVIIe siècle. Ce qui distingue immédiatement cette demeure, c'est la richesse foisonnante de sa façade orientale. Là où la plupart des maisons de négociants se contentaient d'une sobre pierre de taille, le commanditaire de cet édifice fit appel à un ornemaniste visiblement nourri des traités d'architecture de la Renaissance italienne et des gravures flamandes. Pilastres cannelés, bossages à refends, boules d'amortissement, guirlandes de feuillages et de fruits charnus, masques grimaçants et sirènes aux corps entrelacés se déploient aux premier et deuxième étages dans une composition à la fois savante et exubérante. L'édifice s'inscrit dans une tradition bien établie en Gironde et dans le Sud-Ouest aquitain, où les familles de marchands enrichies par le négoce du vin de Bordeaux et des produits de la Garonne rivalisaient d'ostentation architecturale pour affirmer leur rang social. Cette maison représente l'un des exemples les mieux conservés de cette architecture civile urbaine régionale, dans laquelle le vocabulaire ornemental maniériste d'origine italienne se mêle à des motifs plus septentrionaux. Le visiteur attentif prendra le temps de s'arrêter devant chaque baie pour déchiffrer ce programme iconographique : les sirènes, figures ambivalentes de séduction et de danger, côtoient les masques — peut-être des représentations allégoriques des saisons ou des vents — et les motifs végétaux qui évoquent l'abondance et la fécondité. Un véritable cabinet de curiosités sculpté dans la pierre. Si l'intérieur a malheureusement perdu la quasi-totalité de son décor d'origine, la seule contemplation de la façade justifie pleinement le détour pour tout amateur d'architecture de la Renaissance tardive et du maniérisme provincial français.
Architecture
La maison présente une élévation urbaine caractéristique des demeures bourgeoises de la fin du XVIe siècle dans le Sud-Ouest aquitain : un rez-de-chaussée, probablement à vocation commerciale ou de stockage à l'origine, surmonté de deux niveaux habitables. C'est sur la façade est — la façade principale donnant sur la rue — que se concentre l'essentiel de l'intérêt architectural. Le décor sculpté des premier et deuxième étages constitue la pièce maîtresse de l'édifice. Les baies — probablement des croisées ou des fenêtres à meneaux — sont encadrées de pilastres cannelés à chapiteaux composites, traités dans le pur vocabulaire de la Renaissance italianisante telle qu'elle fut diffusée en France par les gravures de Jacques Androuet du Cerceau et de ses contemporains. Les bossages à refends qui animent les trumeaux et les encadrements apportent une dimension plastique et une vigueur toute maniériste à la composition. Les baies sont surmontées de frontons ou de couronnements ornés de boules d'amortissement — motif typiquement renaissance — ainsi que de guirlandes de feuillages et de fruits, motifs empruntés au répertoire de l'Antiquité romaine revisité par la Renaissance. Les masques sculptés, tantôt grimaçants tantôt souriants, et les sirènes aux corps de femmes se terminant en queues de poisson entrelacées témoignent d'une iconographie savante mêlant références mythologiques et symbolique morale. Les matériaux employés sont ceux de la tradition constructive girondine : la pierre calcaire locale, tendre à travailler mais d'une belle cohérence chromatique, est utilisée tant pour la structure que pour le décor sculpté.


