
Maison du 16e siècle dite Maison du Soleil
À La Ferté-Beauharnais, cette maison à pans de bois du XVIe siècle étonne par ses chapiteaux sculptés de personnages en creux et sa frise en torsade — un joyau Renaissance discret au cœur de la Sologne.

© Wikimedia Commons
Histoire
Nichée dans le bourg de La Ferté-Beauharnais, au cœur de la Sologne profonde, la Maison du Soleil est l'une de ces demeures populaires de la Renaissance qui témoignent d'un savoir-faire artisanal souvent éclipsé par les fastes des châteaux de la Loire. Pourtant, à quelques kilomètres seulement des grandes résidences royales, des maîtres-charpentiers locaux déployaient ici un art de la construction en bois d'une finesse remarquable. Construite au XVIe siècle, cette maison à pans de bois révèle, à qui sait lever les yeux, une ornementation sculptée d'une rare qualité pour ce type d'habitat. Ce qui rend la Maison du Soleil véritablement singulière, c'est la cohérence de son programme décoratif. Les poteaux corniers et les montants intermédiaires ne sont pas de simples éléments de structure : ils sont creusés de cannelures et coiffés de chapiteaux en bois sculpté à la manière antique, où s'inscrivent des personnages en creux d'une étonnante expressivité. La corniche, portée par des chapiteaux et des consoles, se pare d'une grosse torsade et de moulures prismatiques qui retombent sur de petites têtes formant corbeaux — un vocabulaire ornemental mêlant influences gothiques tardives et premières intuitions de la Renaissance. L'étage sous comble, avec sa série de croix de Saint-André entre lesquelles se glissent des briques posées à plat ou « en fougères », offre un effet graphique et rythmique caractéristique de la Sologne du XVIe siècle, où la brique rouge et le bois sombre forment des diagonales qui capturent la lumière à toute heure du jour. Une console particulière, ornée d'une statuette de la Vierge, confère à l'ensemble une dimension dévotionnelle discrète mais touchante, signe que ses commanditaires, gens du bourg aisés, tenaient leur foi pour partie intégrante de leur représentation sociale. Visiter la Maison du Soleil, c'est s'accorder une halte hors des circuits balisés, dans un village dont le nom est à jamais lié à la famille Beauharnais. Le bâtiment se dresse en façade sur rue, offrant au promeneur attentif un dialogue intime entre la pierre des soubassements et le dessin sophistiqué de sa charpente apparente. L'atmosphère paisible du bourg solognot, ses étangs et ses forêts de pins et de chênes, compose un cadre idéal pour une promenade patrimoniale en dehors des sentiers touristiques les plus fréquentés.
Architecture
La Maison du Soleil appartient au type de la maison à pans de bois apparents, technique constructive dominante dans le bâti civil de la Sologne et de la Touraine au XVIe siècle. Sa structure repose sur une ossature de montants verticaux en chêne entre lesquels s'insèrent des remplissages de briques, posées tantôt à plat, tantôt « en fougères » — c'est-à-dire en chevrons alternés —, créant un jeu de textures et de motifs géométriques particulièrement décoratif. Les soubassements sont vraisemblablement en maçonnerie de calcaire local, offrant une assise pérenne à la structure bois. La grande originalité de cette demeure réside dans la richesse de son vocabulaire ornemental. Les poteaux corniers et les poteaux intermédiaires de façade sont traités en véritables éléments d'architecture : creusés de cannelures qui évoquent les colonnes antiques remises au goût du jour par la Renaissance, ils sont coiffés de chapiteaux en bois sculpté à grosses volutes cubiques où s'inscrivent des personnages en creux — traitement iconographique rare dans l'architecture à pan de bois de la région. Des consoles sculptées, dont l'une porte une statuette de la Vierge, soutiennent la corniche qui constitue l'élément le plus somptueux de la façade : une grosse torsade court sur toute sa longueur, ponctuée de moulures prismatiques retombant sur de petites têtes en forme de corbeaux, mêlant ainsi un répertoire gothique tardif — les moulures prismatiques — à des formes de la première Renaissance. L'étage sous comble, couronné par une toiture à forte pente vraisemblablement couverte de tuiles plates ou de ardoises selon l'usage solognot, est rythmé par une série de croix de Saint-André formées par les croisillons de la charpente, dont les triangles sont comblés par des briques posées à plat. Cet étage, purement décoratif dans son traitement de façade, donne à l'ensemble sa silhouette graphique si caractéristique.


