Au cœur de Lannion, cette maison à colombages du XVIIe siècle éblouit par ses deux bretèches polygonales en ardoise, dispositif symétrique rarissime qui en fait un joyau de l'architecture civile bretonne.
Dans le lacis des rues pavées du vieux Lannion, la Maison du Chapelier s'impose comme l'une des façades civiles les plus singulières de toute la Bretagne. Classée Monument Historique depuis 1963, elle doit sa célébrité à une composition architecturale que l'on cherche vainement à reproduire ailleurs en France : deux bretèches polygonales disposées avec une rigueur symétrique parfaite de chaque côté de la fenêtre centrale, superposées sur deux étages, créant un jeu de volumes saillants d'une rare élégance. Ce qui frappe d'abord le visiteur, c'est l'harmonie de ses matériaux. Le pan de bois — technique constructive maîtresse du bâti breton des XVIe et XVIIe siècles — est ici entièrement habillé d'ardoises, ce revêtement caractéristique du Trégor qui confère à l'édifice une teinte sombre et satinée, presque lacquée sous la pluie. Loin d'alourdir la façade, cet écaillage minéral lui offre une texture vivante qui change de visage selon la lumière du jour. L'ingéniosité constructive se lit aussi dans la conception des étages : chaque niveau forme un auvent naturel qui protège l'étage inférieur des intempéries. Une solution à la fois esthétique et fonctionnelle, parfaitement adaptée au climat humide des Côtes-d'Armor. On imagine sans peine le chapelier qui exerçait ici son commerce, à l'abri de ces saillies généreuses qui débordent vers la rue. Aujourd'hui intégrée dans le tissu vivant du centre-ville de Lannion, la maison se visite depuis l'extérieur, la façade elle-même constituant le spectacle. Le quartier ancien alentour — avec ses autres demeures à colombages des XVe, XVIe et XVIIe siècles — forme un ensemble cohérent qui permet une promenade architecturale de premier ordre. Les amateurs de photographie apprécieront particulièrement l'heure dorée de fin d'après-midi, quand la lumière rasante révèle tous les volumes en relief des bretèches.
La Maison du Chapelier appartient à la grande famille des constructions à pan de bois bretonnes, technique qui consiste à élever une ossature de poutres et de colombages de chêne dont les vides sont comblés par un hourdis. Ici, la particularité tient à ce que l'ensemble de la structure en bois est recouvert d'ardoises posées à la façon de tuiles, formant une carapace protectrice caractéristique du Trégor. Ce bardage d'ardoises, qui remplace l'habituel crépis ou torchis, donne à l'édifice sa silhouette sombre et luisante si reconnaissable dans le paysage urbain lannionnais. L'élément le plus spectaculaire reste le dispositif des deux bretèches polygonales, saillies fermées à pans coupés qui débordent de la façade sur deux niveaux. Leur disposition parfaitement symétrique de chaque côté de la fenêtre centrale est décrite dans les sources officielles comme « originale et rarement adoptée » — formulation qui, dans le vocabulaire retenu des inventaires patrimoniaux, signifie une singularité quasi unique en France. Chaque bretèche, coiffée d'un toit propre en ardoise, multiplie les plans et les angles, créant une façade d'une richesse plastique remarquable pour une maison de ville. La partie inférieure de chaque étage forme de surcroît un auvent en encorbellement protégeant l'étage au-dessous, selon le principe du jetty britannique ou du corroyage breton, qui agrandit la surface habitable aux étages tout en assurant un abri au niveau de la rue.
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