Rescapée des flammes médiévales de Rennes, cette maison à pans de bois du XVe siècle dresse encore ses avant-soliers sculptés et ses fenêtres à petits carreaux sur les rues de la vieille ville.
Au cœur du vieux Rennes, là où les ruelles conservent encore la mémoire d'une cité médiévale presque entièrement consumée par le grand incendie de 1720, cette maison à pans de bois fait figure d'exception rare et précieuse. Mentionnée dès 1461 dans les archives locales, elle appartient à ce maigre corpus de demeures civiles médiévales qui ont survécu aux siècles, aux guerres et au feu, offrant au promeneur attentif un fragment authentique du tissu urbain rennais d'avant la ville classique. Ce qui rend cette maison véritablement singulière, c'est la qualité de son ornementation extérieure : ses avant-soliers — ces poutres de façade sculptées courant horizontalement entre les niveaux — témoignent du soin apporté par les artisans bretons à l'embellissement des demeures bourgeoises. L'œil est immédiatement attiré par la petite porte en plein cintre, dont l'arrondi soigneusement appareillé contraste avec la légèreté de la structure à colombages, et par l'oculus aujourd'hui bouché qui, à l'origine, diffusait la lumière dans les espaces intérieurs. La façade déroule une série de fenêtres à petits carreaux, typiques de l'architecture domestique bretonne des XVe et XVIe siècles, et se couronne d'une haute toiture irrégulière dont les coyaux — ces chevrons recourbés en bas de pente — adoucissent la transition entre le pan de toiture et la rue. Cette silhouette caractéristique, légèrement cassée en pied de toit, est l'une des signatures du bâti traditionnel rennais. Les deux étages en encorbellement, dont l'un fut partiellement supprimé lors de travaux ultérieurs, donnent à l'ensemble cette légère proue qui semble avancer au-dessus du passant, attitude si commune dans les villes médiévales que les étages supérieurs se frôlaient parfois d'une rue à l'autre. Contempler cette façade aujourd'hui, c'est se replacer mentalement dans une Rennes où l'ombre régnait sur les ruelles et où le bois craquait à chaque saison.
La maison relève de l'architecture civile à pans de bois caractéristique des villes de l'Ouest de la France au XVe siècle. Sa structure porteuse est assurée par une ossature de bois — poteaux, sablières, écharpes et pièces de remplissage — dont les éléments horizontaux, les avant-soliers, reçoivent un décor sculpté qui distingue la demeure des constructions plus modestes. Le remplissage entre les membres de bois est probablement en torchis ou en brique de terre crue, enduit et blanchi à la chaux. La façade s'organise autour d'une porte d'entrée en plein cintre, arc caractéristique de la fin du Moyen Âge breton, surmontée d'un oculus circulaire aujourd'hui condamné. Les fenêtres à petits carreaux de verre enchâssés dans des plombs ponctuent régulièrement les niveaux et restituent l'atmosphère lumineuse et intime des intérieurs médiévaux. Deux étages sont portés en encorbellement sur la rue — l'un d'eux ayant été ramené à l'aplomb de la façade lors des travaux du XVIIe siècle — ce qui confère à la construction ce profil légèrement en surplomb si évocateur. La toiture, haute et à versants irréguliers, se termine en pied de pente par des coyaux — courbe subtile qui relève légèrement l'égout du toit et évite les projections d'eau trop éloignées du pied de façade. Ce détail technique, commun dans l'architecture bretonne traditionnelle, est aussi l'un des éléments esthétiques les plus séduisants de la silhouette de la maison, lui donnant une légèreté aérienne qui contrebalance la puissance de la charpente.
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