Érigée en 1778 par le corsaire Charles Cornic au cœur du port de Morlaix, la maison Le Clique incarne l'âge d'or du commerce maritime breton, avec ses vestiges de quai et sa plateforme de défense encore lisibles dans le paysage.
Au bord de l'estuaire qui a fait la fortune de Morlaix, la maison dite Le Clique se dresse comme un témoignage discret mais éloquent de l'activité portuaire du XVIIIe siècle. Inscrite aux Monuments Historiques en 1995, cette demeure de caractère constitue l'un des rares édifices civils de la rade à avoir traversé les siècles sans perdre l'essentiel de sa substance historique. Son inscription officielle au patrimoine ne trahit pas son apparence : ici, pas d'ostentation, mais la solidité fonctionnelle d'un bâtiment pensé pour servir. Ce qui distingue le Clique de la plupart des maisons bourgeoises morlaisiennes, c'est son ancrage profond dans l'économie du port. Construite non pour être admirée mais pour être utile — loger le personnel d'un armateur prospère —, elle reflète une architecture de travail dont les codes diffèrent radicalement des célèbres maisons à pondalez du centre historique. Sa valeur tient autant à ce qu'elle abrite qu'à ce qui l'entoure : des vestiges de quai, des colonnes enfouies et une plateforme de défense forment un ensemble archéologique rare, révélant la physionomie d'un port aujourd'hui largement transformé. La visite du site invite à une lecture en couches successives du temps. Les deux appentis ajoutés au XIXe et au début du XXe siècle modifient le gabarit originel, mais sans effacer la logique de la construction primitive. En longeant l'édifice, on devine encore la relation qu'entretenait autrefois ce bâtiment avec l'eau, les bateaux et les toiles de lin dont Morlaix fut longtemps l'un des premiers marchés d'Europe. Le cadre lui-même mérite l'attention : cette partie de la baie, aujourd'hui plus calme, conserve une atmosphère particulière, entre mémoire industrieuse et paysage côtier breton. Photographes et amateurs d'histoire locale y trouveront une matière précieuse, loin de l'agitation touristique du viaduc et du centre-ville. Le Clique est une porte dérobée vers un Morlaix maritime que l'on pensait révolu.
La maison Le Clique s'inscrit dans la tradition de l'architecture civile utilitaire bretonne du XVIIIe siècle, sans chercher à rivaliser avec le faste des hôtels particuliers ou des grandes demeures bourgeoises. Son plan rectangulaire allongé, orienté selon l'axe nord-sud le long de la rive, répond à une logique pratique : maximiser l'espace de logement tout en maintenant un accès aisé au quai adjacent. Les matériaux employés sont ceux du pays — vraisemblablement le granite kersanton ou le schiste local, largement utilisés dans les constructions morlaisiennes de cette époque —, donnant à l'ensemble une robustesse sobre, caractéristique du bâti portuaire finistérien. La volumétrie d'origine a été enrichie par l'ajout de deux appentis aux pignons, en 1882 au sud et au début du XXe siècle au nord. Ces extensions, dont le gabarit plus modeste contraste légèrement avec le corps principal, témoignent des adaptations successives qu'a connues le bâtiment tout en respectant globalement l'esprit de la construction initiale. Les toitures à pente marquée, typiques de l'architecture vernaculaire bretonne soumise aux précipitations importantes de la façade atlantique, couronnent l'ensemble avec une silhouette familière dans le paysage de l'estuaire. L'environnement immédiat du bâtiment enrichit considérablement sa lecture architecturale et patrimoniale. Les vestiges de quai, les colonnes enfouies et la plateforme de défense qui l'accompagnent forment un ensemble cohérent rappelant que le Clique n'était pas un édifice isolé mais le cœur d'une installation portuaire plus vaste. Ces éléments archéologiques, bien que partiellement soustraits à la vue, confirment l'ampleur des aménagements réalisés sous l'impulsion de Charles Cornic dans cette partie stratégique de la baie.
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