
Au cœur de la Touraine, La Ramée dévoile l'élégance sobre de la Renaissance française : lucarnes à gâbles, pilastres raffinés et fronton courbe aux armoiries mystérieuses, témoins d'un XVIe siècle fastueux.

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Nichée dans le bourg de Montlouis-sur-Loire, aux portes de Tours, la maison dite La Ramée est l'un de ces joyaux discrets que le Val de Loire dissimule volontiers derrière ses façades de tuffeau. Inscrite aux Monuments Historiques depuis 1973, elle incarne avec une sobriété distinguée l'art de vivre aristocratique de la Renaissance française, loin de l'ostentation des grandes forteresses ligériennes. Ce qui frappe d'emblée, c'est la cohérence architecturale de l'ensemble : un corps de logis articulé autour d'une tour d'escalier rectangulaire, formule répandue dans la bourgeoisie et la petite noblesse tourangelle du XVIe siècle, mais ici traité avec un soin particulier dans le détail ornemental. La porte d'accès à la tour, encadrée de pilastres et surmontée d'un fronton courbe, est une leçon à elle seule de la diffusion du vocabulaire antique en province, bien après que les grands chantiers royaux du Blésois et de l'Amboisois eurent popularisé ces formes italiennes. Les lucarnes de la façade nord, couronnées de gâbles et de pinacles, apportent une verticalité gothique tardive qui contraste délicieusement avec la rigueur classique du reste de la composition. Ce dialogue entre deux grammaires architecturales est typique des décennies 1520-1560, quand les maîtres maçons tourangeaux n'avaient pas encore totalement abandonné les réflexes du Moyen Âge finissant. La visite de La Ramée est avant tout une promenade dans le temps, à l'échelle humaine. Point de grands parterres ni de douves imposantes : l'édifice invite à une contemplation intime, propice à ceux qui cherchent à comprendre l'architecture au-delà du spectaculaire. Le détail des encadrements de fenêtres, préservés dans leur décoration d'origine sur les façades nord et sud-ouest, suffit à mesurer le niveau d'exigence des commanditaires.
La Ramée adopte un plan caractéristique de la demeure tourangelle du XVIe siècle : un corps de logis rectangulaire élevé d'un rez-de-chaussée, d'un étage carré et d'un comble habité, auquel s'adosse une tour d'escalier rectangulaire côté sud. Ce dispositif, fonctionnel et élégant, permettait d'affranchir les niveaux supérieurs de tout escalier intérieur encombrant, libérant ainsi les pièces de réception. La façade nord, la plus remarquable, s'ouvre par des fenêtres à croisées dont les encadrements sculptés ont conservé leur décoration d'origine : moulures en cavet, filets et gorges, dans la tradition tuffeau si chère aux tailleurs de pierre ligériens. Les lucarnes qui percent le comble sont coiffées de gâbles triangulaires flanqués de pinacles, motif gothique tardif que les bâtisseurs de la Renaissance provinciale prolongèrent bien au-delà de ce que l'on pourrait imaginer. La tour d'escalier, accessible par une porte soignée, concentre le vocabulaire classique le plus affirmé : deux pilastres à chapiteaux encadrent l'entrée, supportant un entablement surmonté d'un fronton courbe — forme antiquisante directement importée du répertoire de Bramante et Raphaël, vulgarisée en Touraine par les chantiers royaux. Le fronton est animé de crochets feuillagés et de vases sommitaux, tandis que l'écu central, autrefois porteur des armoiries du commanditaire, a été martelé. L'ensemble est probablement taillé dans le tuffeau blanc de Touraine, matériau de prédilection des bâtisseurs régionaux pour sa facilité de taille et sa luminosité.
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