Aller au contenu principal

Maison dite hollandaise

Monument

Face à la Garonne, deux maisons jumelles du XVIIe siècle aux pignons à volutes rappellent l'architecture flamande au cœur de Bordeaux — témoins rares du cosmopolitisme marchand de la ville portuaire.

Histoire

Au bord de la Garonne, dans le quartier historique de Bordeaux, deux demeures jumelles surgissent comme une parenthèse nordique dans le paysage urbain aquitain. Érigées à la fin du XVIIe siècle par un marchand visionnaire, ces maisons dites « hollandaises » constituent un témoignage architectural exceptionnel de l'intense brassage commercial et culturel qui animait le port bordelais à l'époque moderne. Elles figurent parmi les rares exemples conservés de l'influence flamande et néerlandaise sur l'architecture civile française. Ce qui rend ces maisons véritablement uniques, c'est la sophistication de leurs façades côté fleuve : des murs pignons à corniches et rampants, encadrés d'ailerons à volutes et de têtes de lions sculptées, évoquent avec précision les maisons de canal d'Amsterdam ou de Gand. Loin d'être un simple emprunt décoratif, cette architecture reflète les liens commerciaux étroits que Bordeaux entretenait avec les ports du nord de l'Europe, ses marchands hollandais et flamands faisant régulièrement escale dans la cité girondine. La composition des façades suit une logique rigoureuse héritée des traités d'architecture du Grand Siècle : un rez-de-chaussée robuste, un étage noble bien proportionné, puis un second niveau logé sous des toits à la Mansart, le tout rythmé par des bandeaux plats horizontaux qui confèrent à l'ensemble une lisibilité élégante. Cette organisation verticale accentuée tranche avec les horizontalités du classicisme français dominant, soulignant d'autant plus l'identité septentrionale de ces bâtisses. Se promener rue du Couvent ou rue Latour, c'est traverser les siècles dans un Bordeaux où le négoce international dictait ses lois et ses goûts. Les façades arrière, délibérément sobres, rappellent que la mise en scène était réservée au fleuve — véritable vitrine du commerce et de la réussite. Inscrits aux Monuments Historiques depuis 1990, ces édifices appartiennent aujourd'hui au patrimoine protégé de la ville, même s'ils restent discrets dans le paysage bordelais, réservant leur secret aux promeneurs attentifs.

Tags

Châteaux proches