
Maison dite "du Saussay" ou "des Quatre Tourelles"
Nichée au cœur du Val de Loire, cette demeure à quatre tourelles d'angle incarne l'élégance discrète de la petite noblesse vigneronne du tournant du XVIIe siècle, témoin rare d'une architecture domestique rurale préservée.

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Histoire
Au bord de la Loire, dans la commune de Saint-Pryvé-Saint-Mesmin, la maison dite du Saussay — ou des Quatre Tourelles — s'impose comme l'un des témoins les plus intacts de l'architecture domestique de la petite noblesse ligérienne à l'aube du XVIIe siècle. Loin des fastes des grands châteaux royaux qui jalonnent le fleuve, elle incarne une élégance sobre et fonctionnelle, celle d'une maison de campagne où la vigne dictait le rythme des saisons. Ce qui distingue ce logis des constructions paysannes ordinaires, c'est précisément ce détail aristocratique qui lui vaut son surnom populaire : les quatre tourelles d'angle qui cantonnent chaque coin de la bâtisse. Héritées du répertoire défensif médiéval mais ici purement décoratives, elles confèrent à l'ensemble un caractère affirmé, celui d'un propriétaire soucieux de marquer son rang tout en demeurant ancré dans la réalité agricole de son domaine. L'organisation spatiale du logis est elle-même éloquente : le rez-de-chaussée, dévolu au vigneron et à ses activités, jouxtait l'étage réservé au maître, une hiérarchie verticale qui se lit encore dans la distribution des volumes. La cour regroupait les dépendances d'exploitation, tandis que derrière le jardin s'étiraient coudraie, terres cultivées et bien sûr les vignes, raison d'être de toute cette organisation. Pour le visiteur attentif, la maison offre une leçon d'histoire sociale et architecturale plus dense que bien des monuments plus célèbres. Observer la façade, lire les traces des remaniements du XVIIIe siècle, imaginer la vie qui s'y déroulait entre cave et pressoir : l'expérience est intime, presque confidentielle, loin des foules touristiques. Le cadre naturel de Saint-Pryvé-Saint-Mesmin, entre Loire et plaines beauceronnnes, renforce ce sentiment d'immersion dans un territoire où la vigne et la pierre ont façonné pendant des siècles les paysages et les hommes.
Architecture
La maison du Saussay appartient au courant de l'architecture domestique ligérienne de la fin de la Renaissance, marquée par une sobriété toute provinciale qui n'exclut pas une certaine élégance de composition. Son trait le plus saillant — et celui qui lui vaut son surnom des Quatre Tourelles — est la présence de tourelles d'angle qui cantonnent les quatre coins du logis principal. Héritières formelles des tours de flanquement médiévales, ces tourelles ont ici perdu toute fonction défensive pour devenir des marqueurs de statut social, signaux discrets mais lisibles d'une appartenance à la petite noblesse terrienne. Le plan du logis suit le schéma traditionnel entre cour et jardin, avec une organisation verticale socialement significative : le rez-de-chaussée abritait les espaces liés à l'activité du vigneron, tandis que l'étage était réservé au maître et à sa famille. Les matériaux de construction sont vraisemblablement ceux du pays ligérien : le tuffeau, cette pierre calcaire tendre de couleur blanche à dorée, caractéristique des constructions du Val de Loire, accompagné sans doute d'ardoise pour les toitures, selon la tradition régionale. Les remaniements du milieu du XVIIIe siècle ont introduit des éléments d'un classicisme tempéré : symétrie plus affirmée des percements, moulures sobres autour des baies, peut-être un escalier intérieur recomposé. Ces interventions, sans rompre l'unité du bâtiment, témoignent de la longévité de la demeure et de l'intérêt que ses propriétaires successifs lui portaient. L'ensemble forme aujourd'hui un exemple particulièrement cohérent d'architecture rurale aristocratique de la région Centre-Val de Loire.


