
Maison dite du Pilier
Disparue en 1975, la Maison du Pilier de Chinon ne survit que par un fragment exceptionnel : un pilier cornier sculpté du XVe siècle, gardien muet d'une lapidation de saint Étienne, aujourd'hui conservé au Musée du Vieux-Chinon.

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Histoire
La Maison dite du Pilier appartient à cette catégorie de monuments dont la disparition physique n'efface pas entièrement la mémoire. Détruite en 1975, elle ne subsiste aujourd'hui que par l'un de ses éléments les plus précieux : un pilier cornier sculpté, rescapé du démantèlement et conservé avec soin au Musée des Amis du Vieux-Chinon. Ce fragment, loin d'être une relique anodine, constitue un témoignage de première main sur la richesse de l'architecture civile chinonaise à la fin du Moyen Âge. À Chinon, ville dont le tissu médiéval reste l'un des mieux préservés de la Touraine, la Maison du Pilier s'inscrivait dans une tradition architecturale bien établie : celle des maisons à pans de bois moulurés, dont les façades conjuguaient la solidité des colombages avec la délicatesse des remplissages en briques. Ce type de construction, fréquent dans les villes marchandes du Val de Loire au XVe siècle, témoigne d'une prospérité bourgeoise et d'un goût affirmé pour la décoration sculptée. Le véritable joyau de cet ensemble disparu demeure ce poteau cornier orné d'une scène de lapidation de saint Étienne, premier martyr chrétien. La sculpture, d'une facture remarquable pour une maison d'habitat privé, révèle l'ambition décorative du commanditaire et la maîtrise des artisans locaux. Ces représentations religieuses sur les poteaux d'angle étaient courantes dans la France médiévale : elles plaçaient le foyer sous la protection divine tout en affichant la piété — et la richesse — du propriétaire. Aujourd'hui, c'est au 44 rue Haute Saint-Maurice que le visiteur peut retrouver ce fragment d'histoire. Le Musée des Amis du Vieux-Chinon, logé dans le magnifique Hôtel des États Généraux où se tint en 1428 la fameuse entrevue entre Charles VII et Jeanne d'Arc, offre un écrin de choix à ce pilier orphelin. Le rapprochement entre les deux édifices — l'un disparu, l'autre toujours debout — invite à une méditation sur la fragilité du patrimoine urbain et les accidents de l'histoire.
Architecture
La Maison du Pilier relevait de la tradition des maisons à pans de bois moulurés, typiques de l'architecture civile du Val de Loire au XVe siècle. Sa façade associait une ossature de poteaux et de sablières en bois soigneusement moulurés à des remplissages en briques, formule constructive qui alliait économie de moyens et esthétique soignée. Les moulures des éléments de charpente — baguettes, cavet, gorge — témoignaient d'un souci décoratif qui distinguait les maisons aisées des constructions plus modestes. L'élément le plus remarquable de l'édifice était son pilier cornier, c'est-à-dire le poteau d'angle qui marquait la jonction des deux façades à l'angle de la rue. Ces poteaux corniers constituaient, dans l'architecture médiévale française, un emplacement de choix pour la sculpture décorative et dévotionnelle. Celui de la Maison du Pilier était orné d'une scène de la lapidation de saint Étienne d'une qualité sculpturale remarquable, avec un rendu expressif des personnages et une composition équilibrée malgré le format contraint du support. Les dimensions de la maison ne sont pas connues avec précision, mais la morphologie urbaine de Chinon — rues étroites, parcelles médiévales en lanière — suggère une façade de largeur modeste, probablement entre cinq et huit mètres, avec plusieurs niveaux en encorbellement. Ce type de construction, courant dans les villes médiévales françaises, maximisait la surface habitable aux étages supérieurs tout en libérant l'espace au sol pour les activités commerciales ou artisanales.


