"Maison dite aussi ancienne salle de justice et hôtel de ville ou "du Perron" ou "le Parloir aux Bourgeois" ou "des Trois Rois""
Au cœur de Chartres, ce joyau médiéval du XIIIe siècle révèle un pignon west orné de baies géminées sculptées et un décor peint exceptionnel représentant deux cavaliers en joute — un témoignage rarissime de la vie civile gothique.
Histoire
Nichée dans le tissu historique de Chartres, la maison dite « du Perron » ou « Parloir aux Bourgeois » est l'une des demeures civiles médiévales les mieux conservées d'Eure-et-Loir. Construite autour de 1270-1272, selon la précision remarquable qu'offre l'analyse dendrochronologique de ses bois, elle s'impose comme un document architectural vivant sur l'organisation de la vie urbaine et judiciaire à la fin du XIIIe siècle. Ce qui rend le monument truly singulier, c'est la superposition de ses fonctions historiques : salle de justice, hôtel de ville, parloir des bourgeois… Autant de vocations successives qui ont laissé leurs empreintes dans la pierre et dans le bois. Le visiteur attentif décèlera, dès l'entrée, le porche à deux battants dont l'arc intérieur conserve deux petites têtes sculptées, témoins discrets d'un savoir-faire ornemental médiéval d'une délicatesse surprenante. Le pignon ouest, préservé dans son état d'origine, constitue à lui seul une leçon de sculpture gothique : trois baies géminées se répètent à chaque niveau, ornées d'un bestiaire fantaisiste et de motifs floraux où l'inventivité des tailleurs de pierre de l'époque capétienne s'exprime librement. Mais c'est peut-être le pignon est qui réserve la plus grande surprise : un décor peint d'une rare intégrité, figurant deux cavaliers en tenue de joute sous une bande blasonnée, encadrés d'une frise de quadrilobes. Une image profane et aristocratique d'une fraîcheur étonnante. L'expérience de visite est celle d'une plongée intime dans le quotidien médiéval chartrains, loin des foules qui se pressent vers la cathédrale toute proche. La maison, avec ses quatre niveaux et sa silhouette trapézoïdale, dialogue avec le tissu urbain ancien dans une atmosphère recueillie et authentique. Chaque détail — corbeaux en pierre, chêneaux, arc sculpté — invite à ralentir le pas et à lire l'édifice comme on lirait un manuscrit enluminé.
Architecture
La maison du Perron se présente sous la forme d'un hôtel de plan trapézoïdal développé sur quatre niveaux, caractéristique des grandes demeures civiles gothiques du XIIIe siècle. L'entrée principale s'effectue par un porche à deux battants dont la retombée de l'arc intérieur est ornée de deux petites têtes sculptées — motif décoratif typique du répertoire gothique chartrais, qui rappelle les consoles et culs-de-lampe de la cathédrale voisine. Les murs gouttereaux conservent une rangée de corbeaux en pierre taillée qui portaient, et portent encore, les chêneaux de toiture, signe d'une volumétrie cohérente et bien conservée. Le pignon ouest est le joyau architectural de l'édifice : préservé dans sa composition d'origine, il arbore à chaque niveau trois baies géminées séparées par des colonnettes, enrichies d'un programme sculptural mêlant créatures fantastiques, animaux réels et entrelacs floraux. Ce vocabulaire ornemental, caractéristique du gothique rayonnant de la seconde moitié du XIIIe siècle, relie la maison aux grands chantiers de l'Île-de-France contemporains. Le pignon est réserve une surprise d'un autre ordre : un décor peint exceptionnel figurant deux cavaliers en habit de joute, inscrits sous une bande blasonnée et reposant sur une frise de quadrilobes. La polychromie médiévale, rarissime sur les façades civiles, confère à cet ensemble une valeur documentaire et esthétique hors du commun, évoquant à la fois les enluminures contemporaines et la peinture murale des grandes résidences aristocratiques.


