Maison des Chevaliers
Joyau médiéval de Barbentane, la Maison des Chevaliers dévoile une double galerie Renaissance unique en Provence, mêlant arcades superposées et tourelle d'escalier dans un écrin de pierre millénaire.
Histoire
Nichée dans l'enceinte des anciens remparts de Barbentane, aux portes d'Avignon, la Maison des Chevaliers est l'un des édifices civils les plus singuliers de Provence. Construite au XIIIe siècle, elle a traversé les siècles en accumulant les strates de l'histoire, du gothique médiéval à l'élégance classique du XVIIIe siècle, sans jamais perdre l'essentiel de son caractère. Ce qui distingue véritablement ce monument dans le panorama architectural provençal, c'est sa double galerie à arcades superposées, apposée contre la façade est à la Renaissance. Nulle autre construction en Provence ne présente cette disposition si particulière, qui évoque les loggias de la péninsule italienne tout en conservant une sobriété toute méridionale. Les jeux d'ombre et de lumière que produisent ces arcades sur la pierre blonde constituent à eux seuls un spectacle que les photographes et les amateurs d'architecture apprécieront particulièrement. La visite invite à une promenade dans le temps : des caves voûtées médiévales, héritages directs du XIIIe siècle, aux espaces de l'ancien hôtel de ville remanié au XIXe siècle, chaque recoin livre une anecdote sur la vie locale et sur les ambitions successives de ses propriétaires. La tourelle d'angle, avec son escalier en vis, offre quant à elle un belvédère intimiste sur les toits de tuiles romaines du village. Le cadre de Barbentane lui-même participe à la magie du lieu. Dominé par son château du XVIIe siècle, cerné de vergers et de cultures maraîchères au cœur de la Montagnette, ce village paisible entre Rhône et Durance offre une atmosphère authentique que les grandes cités touristiques de la région n'ont plus. Visiter la Maison des Chevaliers, c'est aussi prendre le pouls d'une Provence préservée.
Architecture
La Maison des Chevaliers présente une architecture composite, fruit d'une sédimentation de huit siècles d'interventions. Le plan originel, organisé en L autour de deux corps de logis perpendiculaires, est caractéristique des grandes demeures urbaines médiévales provençales. La tourelle d'escalier hors œuvre, positionnée à l'angle des deux ailes, constitue l'un des éléments les plus remarquables de cet ensemble : son escalier en vis, conservé malgré les remaniements du XIXe siècle, est un chef-d'œuvre de stéréotomie médiévale. Les caves voûtées du sous-sol, parfaitement préservées, restituent quant à elles l'atmosphère sombre et puissante du XIIIe siècle, avec leurs berceaux de pierre taillée reposant sur des piliers trapus. L'élément le plus distinctif — et le plus rare — de l'édifice est sans conteste la double galerie à arcades superposées adossée à la façade est, élevée au XVIe siècle. Cette loggia à deux niveaux, dont les arcades en plein cintre ou légèrement brisées reposent sur des colonnes fines, n'a pas d'équivalent connu en Provence. Elle témoigne d'une influence italienne directe, probablement véhiculée par les ateliers d'architectes actifs dans la région avignonnaise à la Renaissance. La façade sud sur la rue Pujade, remaniée vers 1740, relève quant à elle d'un classicisme sobre et provincial : pilastres encadrant un portail à chambranle mouluré, corniche saillante et proportion équilibrée des baies, l'ensemble traduisant la volonté d'afficher la dignité de l'institution municipale. Les matériaux employés sont typiques de la construction provençale : calcaire local de teinte dorée pour les éléments de taille, enduits à la chaux pour les parements courants, et tuiles romaines en canal pour les toitures à faible pente.


