Au cœur de Quimperlé, cette maison médiévale du XVe siècle, inscrite aux Monuments Historiques, dévoile les secrets de l'architecture civile bretonne avec ses encorbellements de granit et ses fenêtres à meneaux d'exception.
Nichée dans les ruelles pavées de Quimperlé, ville médiévale de Bretagne méridionale lovée au confluent de l'Isole et de l'Ellé, la Maison du Bourgneuf constitue l'un des témoignages les plus éloquents de l'architecture civile bretonne du bas Moyen Âge. Inscrite aux Monuments Historiques dès 1932, elle appartient à ce corpus rare de demeures urbaines ayant traversé cinq siècles sans perdre l'essentiel de leur substance. Ce qui rend cette maison véritablement singulière, c'est la qualité de sa mise en œuvre architecturale à une époque où Quimperlé rayonnait comme un centre marchand et religieux important, grâce notamment à son abbaye Saint-Croix. Les maçons et charpentiers bretons du XVe siècle y ont conjugué le granit local, cette roche austère et durable qui façonne l'identité de toute la Cornouaille, avec une recherche ornementale qui trahit l'aisance de ses commanditaires. Visiter la Maison du Bourgneuf, c'est s'immerger dans l'intimité d'une cité marchande prospère, quand les drapiers et les négociants en sel érigeaient leurs demeures à l'ombre des clochers. L'immeuble, qui a longtemps abrité des fonctions d'accueil et de soin collectif, porte en ses murs les strates successives d'une vie communautaire intense, chaque génération y ayant laissé sa marque discrète. Le quartier du Bourgneuf lui-même, dont le nom évoque les « bourgs neufs » médiévaux, ces faubourgs créés hors des enceintes primitives pour accueillir l'essor démographique et commercial, offre un cadre de déambulation incomparable. Les façades à colombages, les cours discrètes et le murmure des rivières environnantes font de ce secteur l'un des morceaux de ville les plus intacts du Finistère.
La Maison du Bourgneuf appartient à la grande famille des maisons urbaines médiévales bretonnes caractérisées par l'emploi massif du granit de Cornouaille, matériau à la fois contraignant et pérenne. Érigée selon les usages constructifs du XVe siècle, elle présente vraisemblablement une élévation sur deux ou trois niveaux, avec un rez-de-chaussée autrefois dévolu aux activités commerciales ou artisanales et des étages réservés à l'habitation. La façade, orientée sur la rue, est rythmée par des fenêtres à meneaux et traverses en granit taillé, dont les moulures prismatiques témoignent du soin apporté au décor. L'un des traits les plus distinctifs de cette architecture réside dans le traitement des encorbellements et des sablières sculptées, motifs récurrents dans les maisons bourgeoises bretonnes de cette période. Les angles peuvent être marqués par des colonnes engagées ou des poteaux corniers sculptés, héritage d'une tradition charpentière adaptée à la pierre. La toiture, à forte pente comme le veut le climat finistérien, était couverte d'ardoise, matériau dominant dans toute la Basse-Bretagne. L'intérieur conserve probablement des éléments de menuiserie et de maçonnerie médiévaux : cheminées monumentales à linteau droit ou en accolade, voûtes d'arêtes dans les pièces basses, escalier en vis de granit desservant les étages. L'ensemble forme un témoignage cohérent et rare de ce que pouvait être le cadre de vie d'un notable quimperlois à l'aube de la Renaissance, avant que les influences italiennes ne viennent transformer le répertoire décoratif breton.
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