Joyau Renaissance du centre-Bretagne, cette maison du troisième quart du XVIe siècle à Carhaix-Plouguer séduit par ses façades sculptées et ses fenêtres à meneaux, témoins d'un artisanat breton d'exception.
Au cœur de Carhaix-Plouguer, ville carrefour du Finistère intérieur dont le nom évoque déjà les vieilles pierres gallo-romaines, cette maison Renaissance constitue l'un des rares témoignages bâtis du XVIe siècle encore debout dans le centre de la Cornouaille bretonne. Construite vers 1550-1575, elle appartient à cette génération d'hôtels particuliers bourgeois et marchands qui fleurirent dans les bourgades bretonnes prospères, portées par le commerce du lin, de la toile et des droits seigneuriaux. Ce qui distingue ce bâtiment de ses contemporains régionaux, c'est la qualité de son traitement décoratif : les encadrements de baies travaillés, les lucarnes à frontons et les cordons moulurés qui scandent horizontalement la façade trahissent la main de tailleurs de pierre bretons parfaitement au fait des innovations venues de la Loire et de Paris. Le granite local, dense et sombre, confère à l'ensemble une gravité particulière, bien éloignée de la légèreté calcaire des châteaux de la Renaissance ligérienne — et pourtant, la même grâce ornementale s'y exprime, traduite dans une autre langue minérale. Visiter cette maison, c'est se glisser dans l'intimité d'une famille aisée de la Bretagne intérieure du XVIe siècle : marchands, notaires ou officiers royaux qui, en faisant appel aux meilleurs artisans de la région, affirmaient leur rang social et leur ouverture aux modes nouvelles. L'échelle humaine du bâtiment, adossé au tissu urbain de Carhaix, en fait un monument accessible, qui se découvre presque par surprise au détour d'une rue. Le cadre urbain de Carhaix-Plouguer enrichit encore la visite. Antique Vorgium, capitale des Osismes, la ville recèle un patrimoine de fond que cette maison Renaissance couronne avec élégance. À deux pas des Monts d'Arrée et du canal de Nantes à Brest, elle s'inscrit dans un itinéraire patrimonial breton d'une remarquable cohérence, idéal pour les amateurs d'architecture et d'histoire locale.
La maison s'inscrit dans la tradition des demeures bourgeoises bretonnes du XVIe siècle, construites en granite local taillé avec soin. La façade sur rue, sobre dans son ordonnancement général, est animée par des fenêtres à meneaux de pierre disposées sur deux ou trois niveaux, dont les encadrements moulurés témoignent d'une maîtrise technique affirmée. Les angles sont traités avec des chaînes de granite soigneusement appareillées, et une corniche ou un cordon saillant marque la séparation des niveaux, selon une rhétorique décorative typique de la Renaissance bretonne. Les lucarnes en toiture, probablement à frontons triangulaires ou curvilignes, constituent l'élément le plus expressément Renaissance de la composition : elles rappellent les solutions adoptées dans les manoirs et hôtels de ville contemporains du Finistère et des Côtes-d'Armor, tels qu'on en trouve à Morlaix ou à Quimper. La porte d'entrée, encadrée de pilastres ou d'une accolade sculptée, affirme le statut social du commanditaire tout en signalant l'appartenance de l'édifice à un moment charnière de l'histoire architecturale bretonne. Intérieurement, la maison devait comporter des salles basses voûtées ou planchéiées au rez-de-chaussée, réservées aux activités domestiques ou commerciales, et des pièces de réception à l'étage, accessibles par un escalier à vis logé dans une tourelle ou dans l'épaisseur du mur. Le tout formait un volume compact, adapté à la parcelle urbaine étroite caractéristique des centre-bourgs bretons, alliant économie de moyens et souci d'élégance.
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Carhaix-Plouguer
Bretagne