Joyau de la Renaissance bretonne à Saint-Renan, la Maison Cardinal éblouit par ses encorbellements sculptés, sa frise en bois ornée de têtes et d'une salamandre royale, témoignage rare de l'architecture civile du XVIe siècle.
Au cœur de Saint-Renan, petite ville du Finistère aux allures de bourg médiéval préservé, la Maison Cardinal s'impose comme l'un des joyaux insoupçonnés de l'architecture civile bretonne de la Renaissance. Élevée au XVIe siècle, elle appartient à cette famille de demeures à pans de bois dont la Bretagne armoricaine conserve quelques spécimens remarquables, témoins d'une prospérité marchande et d'un goût pour l'ornement qui ne cède en rien aux modes venues de la Loire ou d'Italie. Ce qui frappe d'emblée, c'est la silhouette de la façade : deux étages se retirent l'un sur l'autre en encorbellements successifs, créant un effet de progression vers le ciel propre à l'architecture urbaine du XVIe siècle. La toiture, coiffée d'un débord en demi-cercle au-dessus de l'étage supérieur, confère à l'ensemble une grâce inhabituelle, presque théâtrale, que viennent souligner de petites jambes de force en forme de balustre — détail typiquement Renaissance — reposant sur un cordon de bois agrémenté de minuscules consoles en quart de cercle. Mais c'est en portant le regard sur la frise sculptée courant entre les grosses poutres moulurées du premier étage que l'on mesure le raffinement de l'édifice. Têtes expressives, choux frisés stylisés et, surtout, une salamandre en bois sculpté : cette salamandre, symbole royal associé à François Ier, confère à la maison une dimension symbolique qui interroge autant qu'elle fascine. Qui habitait ici ? Quel homme de loi, de négoce ou de cour pouvait arborer si ostensiblement l'emblème du monarque dans ce bourg du bout du monde breton ? Visiter la Maison Cardinal, c'est s'arrêter dans le temps sur une place animée de Saint-Renan et lire, pierre après pierre, bois après bois, l'histoire d'une ville qui fut longtemps la plus importante juridiction du Léon. Le rez-de-chaussée, transformé pour une boutique au fil des siècles, rappelle que ces maisons n'étaient pas des palais figés mais des lieux vivants, mêlant commerce et résidence avec la pragmatique élégance des bourgeois de la Renaissance.
La Maison Cardinal illustre avec éclat le type de la maison à pans de bois en encorbellement, caractéristique des villes bretonnes aisées du XVIe siècle. Sa façade se développe sur trois niveaux dont les deux étages sont en retrait progressif l'un sur l'autre, technique constructive qui maximise la surface habitable en hauteur tout en dégageant la rue en rez-de-chaussée. Ce principe d'encorbellement, structurellement assuré par de grosses poutres moulurées débordant sur la façade, confère à l'ensemble un profil en surplomb très typique de l'architecture civile médiévale et Renaissance du nord-ouest français. La toiture présente un débord en demi-cercle couvrant l'étage supérieur, solution architecturale originale qui protège efficacement les boiseries des pluies fréquentes du Léon tout en donnant à la silhouette une courbe inattendue. Sous cette avancée, de petites jambes de force tournées en forme de balustre — vocabulaire directement emprunté à la Renaissance italienne et diffusé via les modèles de la Loire — s'appuient sur un cordon en bois enrichi de petites consoles en quart de cercle, détail d'une grande finesse d'exécution. Le décor sculpté de la frise courant entre les poutres du premier étage constitue la pièce maîtresse de l'édifice. Têtes humaines expressives, choux frisés (motif ornemental typiquement breton et flamand), et une salamandre en bois sculpté composent un programme iconographique cohérent alliant fantaisie populaire et référence savante au pouvoir royal. Ce mélange de culture locale et d'influences royales françaises est caractéristique du style composite qui fleurit en Bretagne sous François Ier, au lendemain du rattachement du duché au royaume de France (1532).
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