Maison Bleue
Chef-d'œuvre Art déco d'Angers, la Maison Bleue éblouit par ses façades entièrement revêtues de mosaïques signées des frères Odorico — un programme décoratif d'exception unique en France, classé Monument Historique.
Histoire
Au cœur d'Angers, à l'angle d'une rue et d'un boulevard, la Maison Bleue s'impose comme l'une des réalisations Art déco les plus spectaculaires de France. Construite en 1927, cet immeuble de huit niveaux habitables ne se contente pas d'être un bâtiment résidentiel ordinaire : ses façades intégralement recouvertes de mosaïques polychromes en font un véritable manifeste esthétique, un tableau monumental inscrit dans la pierre et l'émail. Ce qui distingue la Maison Bleue de ses contemporaines, c'est l'ampleur et la cohérence de son programme décoratif. Les frères Odorico, mosaïstes de renom établis à Rennes, ont orchestré un revêtement total où dominent les bleus profonds, les géométries rigoureuses et les motifs floraux stylisés caractéristiques de l'Art déco. L'effet est saisissant : la façade vibre selon la lumière du jour, passant des teintes ardoisées du matin aux éclats azurés de l'après-midi. La visite de l'extérieur s'impose avant tout : prendre le temps de longer les deux façades, de repérer les jeux de symétrie, les frises horizontales qui scandent les étages, les encadrements de fenêtres traités comme des tableaux miniatures. Chaque détail révèle une maîtrise technique et artistique rare, héritière de la grande tradition mosaïste méditerranéenne transposée dans le Maine. Le cadre urbain ajoute à l'expérience : la Maison Bleue trône dans un Angers qui fut, dans les années 1920, un foyer actif de la modernité architecturale. À quelques pas de la cathédrale Saint-Maurice et des rives de la Maine, elle rappelle que l'audace architecturale n'est pas réservée aux métropoles. Pour les amateurs de patrimoine du XXe siècle, c'est une halte incontournable dans toute exploration de la ville.
Architecture
La Maison Bleue est un immeuble de rapport en béton armé de huit niveaux habitables sur sous-sol, élevé à l'angle d'une rue et d'un boulevard à Angers. Le recours au béton armé, matériau alors résolument moderne, permet à Jusserand de libérer les façades de toute contrainte structurelle traditionnelle et d'en faire des surfaces d'expression artistique à part entière. La composition des élévations suit les canons Art déco : horizontalité affirmée par des bandeaux continus, fenêtres organisées en travées régulières, couronnement soigné et traitement particulier des niveaux inférieurs en contact avec la rue. L'élément le plus remarquable demeure évidemment le revêtement en mosaïque, conçu et réalisé par les frères Odorico. Le programme décoratif couvre l'intégralité des deux façades visibles depuis l'espace public, créant un effet de tapisserie monumentale. Les motifs combinent géométries abstraites, frises à entrelacs, rosaces stylisées et éléments végétaux — fleurs, feuillages — traités avec la rigueur plane caractéristique de l'Art déco. La dominante chromatique bleue, qui a donné son nom populaire à l'édifice, est rehaussée de blancs, de noirs et d'ocres qui scandent les différentes zones de la composition. Techniquement, la mosaïque utilisée associe tesselles de verre soufflé et émaux, matériaux dont les Odorico maîtrisaient la sélection et la pose avec une expertise héritée de la tradition mosaïste italienne. La durabilité de ce revêtement, encore remarquablement bien conservé près d'un siècle après sa réalisation, témoigne du soin apporté à l'exécution. L'influence de Henri Sauvage se perçoit également dans la logique d'ensemble : comme chez le maître parisien, la façade est conçue comme un objet total, où architecture et décor ne font qu'un.


