Maison à arcades du 14e siècle
Au cœur de la bastide de Molières, cette maison médiévale du XIVe siècle déploie ses arcades à ogive brisée avec une grâce rare, offrant l'un des témoignages architecturaux gothiques les mieux préservés du Périgord.
Histoire
Au cœur du village de Molières, en Dordogne, se dresse un joyau méconnu de l'architecture civile médiévale française : une maison à arcades gothiques du XIVe siècle, classée Monument Historique dès 1920, qui figure parmi les rares témoins architecturaux parfaitement conservés de l'ancienne bastide. Dans un paysage périgordin où le calcaire blond dicte la couleur des pierres, cette demeure impose une présence silencieuse et singulière, comme figée dans l'ambre de l'histoire. Ce qui distingue immédiatement cette maison de ses homologues régionales, c'est la qualité de ses arcades à ogive brisée, typiques du gothique civil languedocien et du Sud-Ouest. Contrairement aux maisons à couverts que l'on rencontre dans les bastides de Monpazier ou de Domme, celle de Molières présente une articulation architecturale d'une cohérence et d'une intégrité exceptionnelles, que les siècles n'ont guère altérée. La fenêtre géminée à deux ogives trilobées, reposant sur une fine colonnette centrale, est en elle-même un petit chef-d'œuvre de l'art lapidaire médiéval : délicate, précise, presque fragile dans la robustesse de la façade de pierre. Visiter cette maison, c'est faire l'expérience rare d'un contact direct avec l'urbanisme médiéval dans toute son authenticité. Point n'est besoin de reconstitutions ni de panneaux explicatifs envahissants : la pierre parle d'elle-même, avec une éloquence sobre. Le passant qui lève les yeux sur ces arcades perçoit d'emblée la logique fonctionnelle et esthétique de la bastide médiévale, où rez-de-chaussée commerçants et étages résidentiels coexistaient sous la même voûte. Molières elle-même, bastide fondée au XIIIe siècle et aujourd'hui petit village tranquille du Périgord pourpre, offre un cadre de promenade idéal. Entre la place centrale, l'église gothique inachevée et les ruelles dallées, la maison à arcades s'inscrit dans un ensemble cohérent qui mérite une déambulation attentive. C'est un monument pour curieux exigeants, pour amateurs d'histoire urbaine et d'architecture civile, loin des foules mais riche d'une profondeur historique inestimable.
Architecture
La maison à arcades de Molières offre l'exemple exemplaire de l'architecture civile gothique du Sud-Ouest au XIVe siècle. Sa façade se distingue par une série d'arcades à ogive brisée au rez-de-chaussée, formule typique des couverts des bastides qui permettaient aux marchands d'exposer leurs marchandises à l'abri des intempéries tout en maintenant une circulation piétonne protégée. Ces arcs brisés, taillés dans le calcaire local aux reflets dorés caractéristiques du Périgord, témoignent d'une maîtrise technique remarquable : leur tracé régulier et leur appareillage soigné révèlent l'intervention d'un maître d'œuvre compétent, rompu aux formules architecturales gothiques en vigueur dans la région au cours du XIVe siècle. L'élément le plus précieux de la composition est sans conteste la fenêtre géminée à deux ogives trilobées, réunies sous un arc d'encadrement et séparées par une fine colonnette centrale à chapiteau sculpté. Ce dispositif, hérité du gothique rayonnant ecclésiastique mais ici appliqué à une demeure civile, illustre la perméabilité des influences architecturales entre le sacré et le profane au Moyen Âge. Les trilobes qui couronnent chaque baie apportent une légèreté décorative remarquable à une façade par ailleurs sobre et austère, signalant clairement l'ambition sociale du commanditaire. Les matériaux employés sont ceux de la tradition constructive périgourdine : la pierre calcaire locale, extraite des carrières environnantes, constitue l'essentiel de la maçonnerie. La toiture, vraisemblablement en tuiles canal ou en lauzes selon la tradition régionale, couronne un volume à deux ou trois niveaux typique de l'habitat bourgeois médiéval des bastides. L'ensemble, remarquablement intact dans ses parties gothiques, constitue une référence inestimable pour l'étude de l'architecture domestique médiévale du Périgord.


