Joyau jésuite de Quimper, la chapelle du lycée La Tour d'Auvergne révèle une architecture baroque élégante mêlant granit breton et calcaire blanc, conçue par le père Martellange d'après un modèle parisien disparu.
Au cœur de Quimper, dissimulée derrière la façade discrète d'un lycée, la chapelle du collège La Tour d'Auvergne constitue l'un des témoignages les plus remarquables de l'architecture jésuite en Bretagne. Érigée aux XVIIe et XVIIIe siècles selon les plans du père Étienne Martellange, architecte de la Compagnie de Jésus, elle déploie une sophistication spatiale et décorative que l'on ne soupçonne guère depuis la rue. Ce qui rend ce monument vraiment singulier, c'est le dialogue subtil entre deux matériaux : le granit sombre et robuste du pays breton forme les soubassements et les murs jusqu'à la naissance des grandes arcades, tandis que le calcaire blanc, plus malléable et propice à la sculpture, prend le relais pour les éléments décoratifs. Ce contraste chromatique confère à l'intérieur une lumière particulière, à la fois grave et lumineuse, typique des édifices de la Contre-Réforme. L'expérience de visite se révèle surprenante à plus d'un titre. Franchir le seuil de cette chapelle enchâssée dans un établissement scolaire en activité, c'est glisser sans transition du vacarme des couloirs adolescents à un silence architectural chargé d'histoire. La coupole de la croisée, les pilastres doriques et les voûtes en berceau composent un espace qui invite à la contemplation autant qu'à l'analyse savante. Le cadre quimpérois ajoute une dimension supplémentaire à la visite. La ville, capitale historique de la Cornouaille bretonne, offre aux alentours la cathédrale Saint-Corentin et un centre ancien remarquablement préservé. La chapelle s'inscrit ainsi dans un parcours patrimonial cohérent qui traverse dix siècles d'architecture finistérienne. Inscrite aux Monuments historiques depuis 1932, elle demeure un espace vivant, intégré au quotidien du lycée, ce qui lui confère une authenticité rare parmi les édifices classés de la région.
La chapelle obéit à un plan en croix latine articulé avec précision : une nef de deux travées flanquées de bas-côtés précède un transept à croisillons, lui-même prolongé par un chœur à partie droite encadrée de collatéraux et terminée par une abside en cul-de-four. Ce parti architectural, hérité des modèles jésuites romains et parisiens, allie rigueur géométrique et dynamique spatiale propres à la spiritualité ignatienne. La structure de couvrement révèle un soin technique remarquable. La nef est voûtée en berceau appareillé avec des pénétrations cylindriques qui percent le berceau principal à chaque travée, créant un effet de lumière rythmé et maîtrisé. À la croisée du transept, une coupole sphérique constitue l'élément le plus spectaculaire de l'édifice : épaulée par les berceaux transversaux, elle ménage un point de fuite vertical qui donne à l'espace toute son ampleur mystique. La décoration intérieure déploie un programme dorique rigoureux : pilastres cannelés, entablements à triglyphes et métopes rythment les élévations avec une sobriété savante. L'extérieur ne démérite pas : la façade superpose les ordres dorique et ionique en un jeu de pilastres et de corniches qui trahit la bonne connaissance des traités d'architecture classique par Martellange. L'alternance granit-calcaire, lisible depuis la rue, donne à l'édifice son caractère singulièrement breton tout en le rattachant à la grande tradition architecturale française et européenne de la Contre-Réforme.
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