Château de Lescours
Aux portes de Saint-Émilion, le château de Lescours mêle tour médiévale du XIVe siècle et demeure vigneronne du XVIIIe, inscrite aux Monuments Historiques. Ici, le calcaire girondin et la vigne ne font qu'un.
Histoire
Niché dans le vignoble de Saint-Sulpice-de-Faleyrens, à quelques encablures du prestige mondial de Saint-Émilion, le château de Lescours est l'un de ces édifices qui condensent en eux plusieurs siècles de l'histoire rurale et aristocratique de Gironde. Sa silhouette, composée d'une tour médiévale robuste adossée à un corps de logis remanie aux lumières du XVIIIe siècle, incarne parfaitement la continuité d'un terroir où l'architecture et la viticulture ont toujours progressé de concert. Ce qui rend Lescours singulier dans le paysage des châteaux bordelais, c'est précisément cette stratification lisible à l'œil nu : les assises épaisses du XIVe siècle racontent la nécessité défensive d'une Guyenne disputée entre Capétiens et Plantagenêts, tandis que les ailes plus aérées du XVIIIe témoignent de l'essor économique porté par le commerce du vin avec l'Angleterre et la Hollande. L'ensemble, inscrit aux Monuments Historiques depuis décembre 2015, bénéficie désormais d'une protection qui garantit la pérennité de ce dialogue entre les âges. Visiter Lescours, c'est aussi pénétrer dans un établissement vinicole vivant, où les chais prolongent les murs anciens avec une cohérence presque organique. Le visiteur perçoit immédiatement que ce n'est pas un château musée : les odeurs de bois de fût et de pierre humide, la présence de cuves derrière des porches centenaires, conferent à la visite une authenticité rare. La dégustation des vins produits sur l'exploitation — des bordeaux rouges à dominante merlot, comme il se doit sur la rive droite de la Dordogne — ancre définitivement la visite dans le présent. Le cadre naturel n'est pas en reste. Les vignes entourent le château de toutes parts, créant au fil des saisons un spectacle chromatique saisissant : vert tendre du printemps, or brûlé de l'automne, gris-bleu de l'hiver qui révèle les pierres dans leur nudité la plus expressive. Pour le photographe comme pour le promeneur épris de patrimoine, Lescours offre des perspectives où le bâti et le vivant semblent indissociables.
Architecture
Le château de Lescours présente une architecture bicéphale caractéristique des domaines girondins ayant traversé le temps sans rupture brutale. Le noyau médiéval, constitué d'une tour en pierre calcaire de l'Aquitaine, frappe par l'épaisseur de ses murs et la sobriété de son appareil. Taillée dans le calcaire jaune à doré extrait des carrières locales — le même matériau qui compose les monuments de Saint-Émilion toute proche —, cette tour présente les caractéristiques typiques de l'architecture défensive du XIVe siècle dans le Bordelais : base massive, ouvertures étroites, élévation suffisante pour dominer les vignes environnantes. Des corbeaux et des traces de mâchicoulis témoignent des préoccupations militaires de ses premiers bâtisseurs. Le corps de logis du XVIIIe siècle, qui complète et prolonge la composition, adopte un vocabulaire architectural plus serein et symétrique, fidèle à l'esprit classique français tel qu'il s'exprime dans les chartreuses et maisons de maître bordelaises de l'époque. Les façades s'organisent autour de fenêtres à petits-bois régulièrement distribuées, les corniches soulignent horizontalement les élévations, et les toitures à faible pente couvrent l'ensemble de tuiles plates. Les communs et les chais, organisés autour d'une cour d'exploitation, complètent le programme architectural et témoignent de la vocation viticole première du domaine. L'ensemble forme un tout cohérent malgré ses origines chronologiquement éclatées, unité que confèrent la pierre calcaire commune à toutes les parties et l'implantation raisonnée dans le paysage de vignes.


