
Château de la Motte d'Anjoin
Discret joyau du Berry, le château de la Motte d'Anjoin déploie ses façades dissymétriques du XVIIe siècle au fond d'une cour close, cerné de fossés d'eau vive et couronné d'un élégant escalier en fer à cheval.

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Histoire
Niché dans le bocage berrichon de la commune d'Anjouin, aux confins de l'Indre, le château de la Motte d'Anjoin est l'un de ces manoirs seigneuriaux que les siècles ont façonnés avec une discrétion presque obstinée. Loin des fastes des grands châteaux de la Loire, il incarne une noblesse de province attachée à ses terres, sensible aux modes architecturales de son temps sans jamais sacrifier le confort à l'ostentation. Ce qui rend ce lieu véritablement singulier, c'est la stratification lisible de son histoire dans la pierre même. Le visiteur attentif perçoit dans l'asymétrie des façades la trace d'un édifice né de plusieurs campagnes de construction, dont une partie, celle couverte de tuiles, appartient à un bâtiment antérieur qui a survécu à la grande transformation du XVIIe siècle. Cette coexistence de temporalités différentes, plutôt que d'être masquée, confère au château un caractère authentique et émouvant. L'expérience de visite commence dès l'approche : les fossés alimentés en eau vive, vestige du système défensif médiéval, créent une frontière symbolique entre le monde ordinaire et l'enclos seigneurial. Le franchissement de la courtine, gardée par ses douves, prépare à la découverte de la demeure principale, au fond de sa petite cour pavée. L'escalier en fer à cheval qui s'élance vers la porte d'entrée est à lui seul une invitation au voyage dans le temps. Le cadre paysager renforce ce sentiment d'isolement hors des siècles. L'étang proche de l'ancienne basse-cour reflète les silhouettes des combles d'ardoise, et les jardins clos qui existaient déjà au XVIe siècle témoignent d'une longue tradition d'art de vivre à la campagne. L'ensemble évoque ces « bonnes maisons » que décrivait Olivier de Serres au tournant du XVIIe siècle : fonctionnelles, élégantes, profondément enracinées dans leur terroir.
Architecture
Le château de la Motte d'Anjoin tel qu'il se présente aujourd'hui est le fruit de la campagne de construction du début du XVIIe siècle, débarrassé de l'aile en tuile démolie avant 1811. Le corps de logis principal, de plan rectangulaire, est implanté au fond d'une petite cour close, selon une disposition qui renvoie à l'organisation de la maison forte médiévale tout en l'adaptant aux usages d'une demeure de confort. Une courtine — mur d'enceinte bas hérité de la période médiévale — ceint l'ensemble, et les fossés d'eau vive qui la bordent constituent l'un des éléments les plus spectaculaires du site. Les façades du logis, couvertes d'ardoise selon la tradition berrichonne et ligérienne, témoignent d'un goût persistant pour la dissymétrie, trait caractéristique d'une architecture de transition entre le style Renaissance tardive et le classicisme naissant. Cette irrégularité, loin d'être un défaut, reflète l'histoire complexe du bâtiment et lui confère une personnalité que n'auraient pas les constructions entièrement homogènes. L'élément le plus remarquable de la composition extérieure est sans conteste l'escalier en fer à cheval qui monte jusqu'à la porte d'entrée : dispositif à la fois fonctionnel et décoratif, il rappelle les grands escaliers des châteaux de la Loire tout en les adaptant à l'échelle d'une demeure provinciale. La maçonnerie, vraisemblablement en calcaire local aux reflets blonds, s'accorde avec les tonalités douces du paysage berrichon.


