
Manoir tuffeau du XVIIe siècle niché aux portes de Tours, antre estival de l'écrivain Jules Romains et écrin d'un rarissime papier peint panoramique en grisaille célébrant la naissance du chemin de fer.

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Aux confins sud de Tours, sur la rive gauche du Cher, le manoir de la Grand'Cour s'impose comme l'une des demeures bourgeoises les plus singulières de l'Indre-et-Loire. Construit en tuffeau, la pierre blonde qui caractérise les grandes heures de l'architecture tourangelle, il déploie une longue façade ordonnée entre un portail d'apparat et les restes d'un parc autrefois boisé, aujourd'hui encerclé par l'agglomération de Saint-Avertin. Ce qui distingue absolument la Grand'Cour de ses homologues régionaux, c'est la présence, dans l'une des salles de son orangerie du XIXe siècle, d'un décor panoramique unique en son genre : trente-deux lés de papier peint en grisaille représentant avec une minutie documentaire le trajet inaugural du chemin de fer entre Lyon et Saint-Étienne. Imprimé vers 1840 par la manufacture Pignet à Saint-Genis-Laval, cet ensemble classé monument historique au titre des objets mobiliers est l'un des rares témoins conservés in situ de l'émerveillement que suscita la révolution ferroviaire en France. Le visiteur attentif saisira ici la superposition de plusieurs couches d'histoire : l'architecture classique du Grand Siècle, l'orangerie néoclassique du XIXe, et l'intimité littéraire que lui conféra Jules Romains, l'auteur des Hommes de bonne volonté, qui y établit son cabinet de travail d'été, entouré de ces paysages de locomotives et de viaducs. L'expérience de visite se teinte d'une atmosphère particulière, entre mémoire aristocratique et érudition bourgeoise. Les grandes baies cintrées de l'orangerie baignent les salles d'une lumière douce, idéale pour contempler les détails du papier peint panoramique, dont les tonalités grises et vaporeuses évoquent les gravures de presse du Second Empire naissant. Un monument à appréhender lentement, pour qui aime les lieux où l'art décoratif et l'histoire industrielle se rejoignent de façon inattendue.
Le manoir de la Grand'Cour s'inscrit dans la tradition de l'architecture résidentielle tourangelle des XVIIe et XVIIIe siècles, dont il incarne avec sobriété les caractéristiques essentielles. Le corps de logis principal, construit en tuffeau — calcaire tendre et lumineux extrait des coteaux de la Loire —, présente un volume allongé et régulier, typique des maisons de maître provinciales du Grand Siècle. Le portail d'accès, inscrit dès 1946, témoigne d'un souci de représentation et de clôture propre aux demeures bourgeoises de cette période. L'orangerie du XIXe siècle constitue l'élément architecturalement le plus singulier de l'ensemble. Construite selon un schéma fonctionnel classique, elle présente un long bâtiment dont le mur de fond, aveugle, fait office de clôture sur rue, tandis que la façade sur jardin est largement ouverte par de larges baies cintrées destinées à maximiser l'ensoleillement et la chaleur. Deux portes desservent deux vastes salles séparées par un mur de refend dans lequel était aménagé un ingénieux système de chauffage par circulation d'air chaud, modulable grâce à de petites trappes — dispositif technique caractéristique des orangeries soignées du XIXe siècle. Un lambris à hauteur d'appui court dans la plus petite salle, au-dessus duquel se déploient les trente-deux lés du papier peint panoramique, créant un dialogue saisissant entre décor industriel et architecture classique.
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Centre-Val de Loire