Élégant manoir breton du Grand Siècle, la Glestière dévoile ses tourelles à toits à l'impériale et ses précieux épis de poinçon fleurdelisés, témoins d'un art de bâtir raffiné aux portes de Rennes.
Niché dans le bocage d'Ille-et-Vilaine, à quelques lieues seulement de Rennes, le château de la Glestière compose un tableau architectural d'une rare cohérence pour l'ouest de la France. Érigé dans le troisième quart du XVIIe siècle, cet ensemble de style Louis XIII a su conserver une unité formelle que bien des demeures contemporaines ont perdue au fil des remaniements successifs. Sa silhouette ordonnée, rythmée par un corps central flanqué de deux ailes sobrement alignées, incarne la retenue aristocratique d'une époque où l'élégance se lisait dans la mesure autant que dans l'ornement. Ce qui distingue véritablement la Glestière, c'est la survie exceptionnelle de ses détails décoratifs. Les épis de poinçon qui couronnent les toitures des pavillons extrêmes ont conservé leurs fleurs de lys à quatre branches, motif héraldique dont la présence sur une demeure privée témoigne d'une proximité revendiquée avec les codes du pouvoir royal. À une époque où Louis XIV redéfinissait la monarchie absolue, arborer la fleur de lys sur ses toits était une déclaration autant qu'une décoration. La façade est réserve une autre surprise : aux angles des pavillons s'élèvent deux petites tourelles dont les toits à l'impériale, coiffés chacun d'un campanile pyramidal, introduisent une verticalité inattendue et presque fantaisiste dans la composition par ailleurs horizontale de l'édifice. Ce jeu entre rigueur classique et fantaisie décorative confère à la Glestière un caractère attachant, à mi-chemin entre la solennité du château de cour et la chaleur de la maison de gentilhomme. Les deux fuies — ces colombiers détachés qui donnent leur nom complet au monument protégé — complètent l'ensemble et rappellent le statut seigneurial de la propriété : seule la noblesse avait le droit d'entretenir des pigeons en Bretagne d'Ancien Régime, et ces tours rondes étaient l'affichage visible d'un privilège. Inscrit aux Monuments Historiques depuis 1969, le domaine de la Glestière représente un jalon précieux pour qui s'intéresse à l'architecture domestique bretonne du Grand Siècle.
Le château de la Glestière adopte le plan tripartite caractéristique de l'architecture Louis XIII : un corps de logis central légèrement dominant encadré par deux ailes non saillantes, l'ensemble formant une composition plane sans avant-cour ni cour d'honneur creusée. Cette planéité assumée, fréquente dans les demeures de la noblesse de province, confère à l'édifice une lisibilité immédiate et une échelle humaine que les grands châteaux à pavillons multiples n'ont pas toujours su préserver. Aux extrémités de chaque aile, des pavillons légèrement marqués viennent rythmer la façade et accentuer la verticalité de la toiture. Les toitures constituent le registre décoratif le plus remarquable de l'édifice. À forte pente, couvertes vraisemblablement en ardoise selon l'usage breton, elles sont surmontées d'épis de poinçon en métal forgé ou en céramique émaillée dont les fleurs de lys à quatre branches ont traversé trois siècles et demi sans perdre leur netteté formelle. Ce type d'épi, courant dans la seconde moitié du XVIIe siècle, est aujourd'hui d'une rareté insigne sur les bâtiments qui l'ont commandé. La façade est présente en outre deux petites tourelles d'angle aux pavillons extrêmes, coiffées de toits à l'impériale — cette forme ovoïde à quatre pans — eux-mêmes surmontés d'un campanile pyramidal dont la silhouette évoque les lanternes de certains hôtels particuliers parisiens. Ce motif introduit une note de fantaisie élégante dans une composition par ailleurs résolument classique. Les deux fuies, composantes nommément protégées par l'inscription, se présentent comme des tours cylindriques à toit conique, implantées à distance raisonnable du logis selon l'usage seigneurial. Leur maçonnerie, probablement en moellon de schiste ou de granite local enduit, s'accorde avec les matériaux de la région rennaise. L'ensemble du domaine compose ainsi une unité architecturale cohérente où le logis noble et ses dépendances fonctionnelles dialoguent dans un rapport d'échelle soigneusement équilibré.
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