Joyau de l'architecture malouin du XVIIIe siècle, la Chipaudière s'impose comme l'une des plus belles malouinières de Bretagne, avec ses jardins à la française aux trois terrasses et son imposant canal de 600 mètres.
Dissimulée dans les terres du pays malouin, la Chipaudière est bien plus qu'une demeure de prestige : c'est l'expression accomplie d'une civilisation, celle des armateurs corsaires qui, enrichis des mers du monde, rêvèrent sur leurs terres bretonnes d'une élégance à la française. Construite entre 1710 et 1720, cette malouinière hors du commun conjugue la rigueur classique de son architecture et la générosité de ses jardins ordonnancés pour offrir une expérience rare, à la croisée du grand siècle et de l'âme bretonne. Ce qui distingue la Chipaudière de ses pairs, c'est avant tout l'unité de son domaine. Le château lui-même, avec son avant-corps à trois pans couronné d'un fronton triangulaire armoyé, impose une présence souveraine. Mais c'est le dialogue entre le bâti et le paysage qui fait la singularité du lieu : les jardins — attribués à l'entourage de Le Nôtre — développent sur trois terrasses successives une géométrie végétale que vient achever un canal long de 600 mètres, miroir d'eau qui étire l'horizon jusqu'à confondre ciel et terre. L'expérience de visite est celle d'une découverte par couches successives. On entre par la tradition, à travers les communs et leurs gerbières ornementées, puis le domaine se révèle progressivement : la chapelle de 1735 avec son campanile discret et son autel de bois sculpté, l'orangerie qui témoigne d'un art de vivre aristocratique, et enfin les terrasses du jardin depuis lesquelles le regard s'échappe vers les douves et le canal. La lumière changeante de la Bretagne intérieure donne au domaine des teintes différentes selon les saisons : dorées à l'automne le long des allées, perlées de brume matinale en hiver, écloses en mille verts au printemps. Les photographes y trouveront des compositions d'une richesse constante, tandis que les passionnés d'histoire de l'architecture se perdront volontiers dans le détail des façades, des frontons alternés et des armes des Magon taillées dans la pierre.
La Chipaudière s'inscrit dans le canon de l'architecture classique française du premier XVIIIe siècle, telle qu'elle fut déclinée dans les malouinières par des maîtres maçons et des entrepreneurs locaux formés aux principes de la régularité et de la symétrie. Le château se compose d'un corps de logis principal flanqué de deux ailes symétriques, disposition tripartite qui confère à l'ensemble une majesté mesurée, loin du gigantisme des châteaux de la Loire, mais affirmant sans équivoque la puissance de son commanditaire. L'avant-corps central à trois pans — ressaut légèrement saillant sur la façade principale — est couronné d'un fronton triangulaire sculpté aux armes des Magon, surmontées de la couronne de marquis, élément héraldique d'une grande finesse d'exécution. Les communs, indissociables du domaine, méritent une attention particulière : leurs gerbières — lucarnes à vocation de ventilation et d'éclairage des greniers — alternent des frontons arrondis et triangulaires selon un rythme qui témoigne d'un soin décoratif inhabituel pour des dépendances agricoles. La chapelle, édifiée à l'écart du corps principal, est coiffée d'un petit campanile de pierre et conserve en son intérieur un autel en bois sculpté d'une remarquable qualité artisanale, attribuable aux ateliers de menuiserie-sculpture actifs dans le pays malouin au début du XVIIIe siècle. Le jardin à la française, organisé en trois terrasses successives, est articulé par des douves et un canal de 600 mètres, composition hydraulique ambitieuse qui rappelle les grandes ordonnances versaillaises tout en épousant la topographie bretonne.
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