Au cœur de la Bretagne, le château de la Châsse renferme un trésor insoupçonné : un bas-relief en marbre signé Houdon, chef-d'œuvre de la sculpture néoclassique française commandé en 1777 par une aristocrate éplorée.
Niché dans le bocage d'Iffendic, en Ille-et-Vilaine, le château de la Châsse est l'un de ces manoirs bretons discrets dont la façade sobre dissimule une histoire artistique d'une rare intensité. Construit dans le dernier quart du XVIIIe siècle, il incarne cette noblesse provinciale cultivée qui, à la veille de la Révolution, regardait vers Paris et ses grands ateliers pour embellir ses demeures de campagne. Ce qui distingue véritablement ce château de ses voisins armoricains, c'est le lien exceptionnel qui l'unit à Jean-Antoine Houdon, sculpteur officiel des Lumières et portraitiste de génie. Un bas-relief en marbre réalisé par sa main en 1781 y fut commandé — œuvre de commande privée, empreinte d'élégance funèbre et de sentiment aristocratique, qui témoigne du rayonnement de la cour artistique parisienne jusque dans les campagnes bretonnes. Aujourd'hui conservé au musée du Louvre, ce bas-relief constitue le fil conducteur d'une histoire familiale touchante. Commandé entre 1777 et 1781 par deux femmes unies dans le deuil — la comtesse d'Ennery et sa sœur, la comtesse Cécile Cahuvigny de Blot —, il porte en lui toute la sensibilité d'une époque qui savait transformer la douleur en beauté sculptée. Le domaine lui-même, avec son parc à l'anglaise typique de la fin du XVIIIe siècle breton, offre un cadre végétal où le temps semble suspendu. Les amateurs de patrimoine sensible, de sculpture néoclassique et d'histoires humaines gravées dans le marbre trouveront ici une escale rare, loin des circuits touristiques battus, au contact d'une Bretagne intime et cultivée.
Élevé dans les années 1775-1800, le château de la Châsse présente les caractéristiques sobres et équilibrées du style classique provincial breton de la fin du XVIIIe siècle. La tradition constructive locale privilégie le granite extrait des carrières de la région rennaise, matériau noble qui confère aux façades cette teinte gris-bleu caractéristique du bocage ille-et-vilainais. Les lignes horizontales dominent, les ouvertures sont rythmées avec régularité, et l'ensemble dégage une impression de rigueur maîtrisée, à mille lieues de l'ostentation des grands châteaux de Loire. Le plan massé, typique des maisons de maîtres bretonnes de l'époque, s'articule autour d'un corps de logis principal flanqué de communs disposés en retour d'équerre, formant une cour d'honneur ouverte sur le domaine. Les toitures à forte pente, couvertes d'ardoise d'Angers, rappellent que nous sommes ici dans la tradition architecturale de la Bretagne orientale, à la frontière des influences normandes et armoricaines. Des lucarnes à frontons triangulaires percent les combles, apportant à la silhouette ce caractère élancé propre au classicisme provincial. À l'intérieur, les pièces de réception du rez-de-chaussée devaient accueillir des boiseries peintes et des cheminées en pierre de taille, cadre naturel pour des œuvres d'art telles que le bas-relief de Houdon. Le parc qui entoure la demeure, aménagé dans le goût paysager anglais si prisé à la fin du XVIIIe siècle, complète harmonieusement l'ensemble architectural, offrant des vues soigneusement composées sur le corps de logis depuis les allées sinueuses qui le traversent.
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