Tour de Jeanne d'Arc
Nichée au cœur de Sancoins, cette tour Renaissance du XVIe siècle fascine par son escalier à noyau de pierre, ses pilastres sculptés et l'énigmatique personnage gravé sur son encorbellement.
Histoire
Au détour d'une rue de Sancoins, bourgade du Berry nichée entre Loire et Cher, la Tour de Jeanne d'Arc dresse sa silhouette Renaissance avec une discrétion qui n'appartient qu'aux monuments ayant traversé les siècles sans perdre leur âme. Adossée à un hôtel particulier dont elle constitue l'appendice le plus précieux, elle incarne à elle seule le raffinement architectural que la Renaissance française sut déployer jusque dans ses expressions les plus intimistes, loin des châteaux de la Loire et de leurs fastes déclarés. Ce qui distingue immédiatement la tour, c'est la qualité de son ornementation malgré sa taille modeste. La façade sur cour de l'hôtel attenant conserve ses baies à meneaux et traverses caractéristiques, aux jambages et appuis soigneusement moulurés, témoignage intact d'un art de bâtir où chaque détail comptait. La tour elle-même s'ouvre par une porte encadrée de pilastres ornant ses angles inférieurs, motif typiquement Renaissance qui trahit la main d'artisans rompus aux nouveaux codes venus d'Italie. L'intérieur réserve une surprise de taille : un escalier à emmarchement et noyau en pierre, tournant avec élégance dans le ventre cylindrique de la tour, mène aux étages dans une ascension qui n'a rien perdu de sa grâce originelle. Juste en dessous, un escalier de cave débouche sous un petit encorbellement où un personnage sculpté veille en silence — mystérieux gardien de pierre dont l'identité fait encore couler l'encre des historiens locaux. La tour a été dérasée à une époque indéterminée, sa hauteur primitive réduite et coiffée d'une toiture hexagonale en remplacement du couronnement d'origine. Cette transformation, si elle prive le visiteur d'une silhouette peut-être plus altière, confère au monument une allure trapue et ramassée qui n'est pas sans charme. Classée aux Monuments Historiques depuis 1928, la Tour de Jeanne d'Arc demeure l'un des exemples les plus intacts de l'architecture civile Renaissance du Cher, à la portée d'un public curieux qui sait goûter les beautés sans surenchère.
Architecture
La Tour de Jeanne d'Arc appartient à la grande famille des tours d'escalier hors-œuvre caractéristiques de l'architecture civile française du XVIe siècle. De plan circulaire à sa base, elle s'adosse à la façade sur cour d'un hôtel particulier dont elle constitue à la fois l'accès vertical et l'élément ornemental le plus soigné. La porte d'entrée, encadrée de petits pilastres qui ornent les angles de la tour à sa base, témoigne d'une maîtrise du vocabulaire décoratif Renaissance, où l'ordre toscan ou dorique est adapté à des dimensions modestes avec un sens aigu de la proportion. L'intérieur de la tour abrite un escalier à emmarchement et noyau en pierre, dit escalier en vis, type de circulation verticale répandu dans l'architecture française médiévale et Renaissance qui perpétue une tradition gothique tout en l'habillant de formes nouvelles. En contrebas, l'escalier de cave se signale par un encorbellement orné d'un personnage sculpté, détail iconographique rare et précieux qui intrigue par son sujet non identifié avec certitude — peut-être un saint patron, un personnage allégorique ou le portrait stylisé du commanditaire. La façade sur cour de l'hôtel conserve ses baies à meneaux et traverses avec jambages et appuis moulurés, ensemble cohérent qui illustre parfaitement le style de la Renaissance provinciale française dans sa phase de maturité, vers le milieu ou la seconde moitié du XVIe siècle. La toiture hexagonale qui coiffe aujourd'hui la tour, en remplacement du couronnement primitif disparu, est réalisée en ardoise, matériau traditionnel du Centre-Loire.


