Château des Jaubertes
Forteresse girondine du XVIe siècle, les Jaubertes cache un trésor inattendu : une salle de billard habillée de cuirs de Cordoue peints représentant les masques étincelants de la Comédie italienne.
Histoire
Niché dans le vignoble de l'Entre-deux-Mers, le château des Jaubertes s'impose comme l'un des témoins les plus singuliers de l'architecture seigneuriale girondine de la Renaissance. Son plan en équerre irrégulier, ponctué de tours aux silhouettes contrastées — ronde, hexagonale, rectangulaires — raconte à lui seul les vicissitudes d'une demeure façonnée par les guerres, les passions et les reconstructions successives. Ce qui rend ce château véritablement unique, c'est la coexistence d'une architecture défensive héritée du Moyen Âge tardif et de raffinements décoratifs tout à fait inattendus. La tour hexagonale, avec ses trois fenêtres superposées ornées de gâbles à choux frisés et de pinacles moulurés, révèle une sensibilité gothique flamboyant qui contraste avec la robustesse générale de l'ensemble. À l'intérieur, la pièce dite du billard constitue une stupéfiante surprise : ses murs sont entièrement revêtus de cuirs de Cordoue peints, enchâssés dans des boiseries de cèdre sur mesure, représentant les personnages hauts en couleur de la Commedia dell'arte. L'expérience de visite des Jaubertes est celle d'une découverte progressive. De l'extérieur, le château impose sa silhouette austère, marquée par les cicatrices de l'histoire — incendies, découronnements de tours. Puis, en pénétrant dans les intérieurs, le visiteur bascule dans un univers de fantaisie baroque : Arlequin, Colombine et leurs compagnons virevoltent sur fond de guirlandes florales, dans des teintes chaudes et précieuses que les siècles ont à peine ternie. Le parc environnant accueille un colombier aux lucarnes à frontons semi-circulaires, édifice aristocratique par excellence, rappelant le statut éminent que les seigneurs des Jaubertes entendaient afficher à travers les âges. Le cadre bocager et viticole de Saint-Pardon-de-Conques ajoute à la sérénité du lieu, loin des circuits touristiques de masse, offrant aux amateurs de patrimoine une halte intimiste et mémorable.
Architecture
Le château des Jaubertes présente un plan en équerre formé de deux grands corps de bâtiments, dispositif courant dans l'architecture seigneuriale française de la Renaissance, qui permettait d'organiser les fonctions résidentielles et utilitaires autour d'un espace de cour partielle. À cet ensemble de base s'articulent plusieurs tours aux géométries délibérément variées : une tour rectangulaire au nord-est abritant la chapelle, une tour hexagonale dans l'angle intérieur est, une troisième tour rectangulaire au sud-est, et une tour ronde à l'extrémité sud de la façade ouest répondant à un avant-corps symétrique. Cette composition éclatée, loin d'être anarchique, témoigne d'une architecture pragmatique adaptée aux remaniements successifs. L'élément le plus remarquable de l'élévation extérieure est sans conteste la tour hexagonale. Ses trois niveaux de fenêtres superposées, couronnées de gâbles moulurés aux pinacles ornés de choux frisés, appartiennent au répertoire du gothique flamboyant tardif, tradition encore vivace dans le Bordelais au début du XVIe siècle alors que la Renaissance italianisante s'imposait ailleurs. Ce décor végétal stylisé confère à la tour une élégance presque ecclésiastique. À l'intérieur, la salle de billard constitue le joyau de l'édifice. Les cuirs de Cordoue — technique combinant cuir gaufré, dorure et peinture — habillent les murs dans des boiseries de cèdre finement menuisées. Les scènes représentées mettent en scène les figures iconiques de la Commedia dell'arte encadrées de guirlandes de fleurs dans un camaïeu d'ocres, de carmins et d'or, datés d'environ 1720. À l'est du château, le colombier aux lucarnes à frontons semi-circulaires complète l'ensemble avec l'élégance propre aux communs aristocratiques de la région.


