Rescapé de la reconstruction post-médiévale de Saint-Malo, cet immeuble du début du XVIIe siècle conserve des menuiseries d'époque d'une rareté absolue, témoins silencieux de l'âge d'or corsaire malouin.
Dans le lacis serré des ruelles de l'intra-muros de Saint-Malo, cet immeuble de la première moitié du XVIIe siècle se distingue comme l'un des rares témoins bâtis de la grande transformation urbaine qui suivit la destruction du Château Gaillard. Inscrit aux Monuments Historiques dès 1955, il incarne la mémoire architecturale d'une cité qui, entre commerce maritime et course en mer, s'est réinventée pierre après pierre. Ce qui rend cet édifice véritablement singulier, c'est la persistance de ses menuiseries d'origine. Fenêtres, huisseries et boiseries datant du début du XVIIe siècle ont traversé quatre siècles d'histoire malouine — y compris les bombardements dévastateurs de l'été 1944 — pour parvenir jusqu'à nous dans un état remarquable. Ces éléments, rarissimes dans un tissu urbain aussi souvent remanié, constituent un témoignage exceptionnel des savoir-faire artisanaux de la période. L'immeuble s'élève sur un rez-de-chaussée et trois étages, adopting la silhouette verticale caractéristique des maisons de négoce malouines, où les étages supérieurs servaient d'entrepôts ou de logements pour les équipages et les marchands. À quelques pas des remparts et du port, il évoque sans détour l'atmosphère d'une ville tournée vers la mer, les comptoirs lointains et les fortunes bâties sur le commerce atlantique. Se promener devant cet immeuble, c'est saisir un fragment authentique du Saint-Malo d'avant la guerre — une ville que les destructions de 1944 ont presque entièrement effacée. Dans un intra-muros largement reconstruit à l'identique par Louis Arretche dans les années 1950, la présence de ce bâtiment d'époque prend une dimension quasi-émouvante pour qui connaît l'histoire de la cité corsaire.
L'immeuble présente une composition verticale typique de l'habitat urbain breton du premier XVIIe siècle : un rez-de-chaussée à vocation commerciale ou de stockage, surmonté de trois étages d'habitation. Cette organisation en hauteur, dictée par la densité du tissu intra-muros de Saint-Malo et la valeur du foncier en ville close, est caractéristique des maisons de négoce de la période. Les façades, probablement en granit de Bretagne — matériau roi de la construction malouine, extrait notamment des îles Chausey — présentent un appareillage soigné, reflet du statut social de son premier commanditaire. L'élément architectural le plus précieux de l'édifice réside dans ses menuiseries conservées depuis le début du XVIIe siècle. Fenêtres à petits-bois, volets intérieurs, huisseries et possiblement des boiseries de décor intérieur constituent un ensemble mobilier d'une rareté insigne. Ces menuiseries, caractéristiques du style pré-classique français, témoignent d'un artisanat local maîtrisé, alliant robustesse des essences de chêne et sobriété des profils moulurés. L'ordonnance des baies sur les façades reflète la rigueur sobre de l'architecture civile bretonne de l'époque : des ouvertures régulières, à encadrements de granit, sans l'exubérance décorative que l'on trouverait dans les hôtels particuliers du Val de Loire ou de Paris. Cette retenue formelle n'est pas austérité, mais expression d'une identité régionale qui privilégie la solidité et la fonctionnalité — qualités essentielles dans une ville battue par les vents du large.
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