Vestige rare de l'architecture roscovite des XVIe-XVIIe siècles, cet immeuble rue de la Réveillère conserve une tourelle d'escalier médiévale et deux ailes en retour, témoignage précieux de la prospérité marchande de Roscoff.
Au cœur de Roscoff, cité corsaire et port breton ouvert sur la Manche, se dresse l'un des derniers immeubles à avoir survécu aux mutations urbaines des siècles passés. Discret en façade, il révèle à qui s'y attarde une stratification architecturale remarquable, où se lisent successivement le savoir-faire des maçons locaux de la fin de la Renaissance et l'ambition des armateurs et négociants qui firent la fortune de la ville au tournant du XVIIe siècle. Ce qui distingue cet édifice au sein du patrimoine roscovite, c'est précisément sa capacité à condenser en un seul bâtiment deux siècles d'évolution architecturale. La tourelle d'escalier, élément le plus ancien de l'ensemble, rappelle les usages constructifs du XVIe siècle breton, où la vis de pierre hors-œuvre servait autant à distribuer les niveaux qu'à signifier le statut de son propriétaire. Dans une ville où les hôtels particuliers de la Renaissance ont presque tous disparu, ce détail constructif prend une valeur documentaire exceptionnelle. La visite de l'immeuble, ou même la simple contemplation de ses façades depuis la rue de la Réveillère, invite à un voyage dans le temps. On perçoit aisément la logique d'agrandissement progressif qui a présidé à sa croissance : un corps de logis originel, sobre et fonctionnel, auquel sont venues s'adosser deux ailes en retour, créant une organisation en U caractéristique des demeures bourgeoises de la période classique. Le cadre est celui d'un Roscoff préservé, où les ruelles pavées et les maisons de granit composent un décor cohérent. La proximité du port, des remparts et de l'église Notre-Dame-de-Kroaz-Batz — elle-même joyau de la Renaissance bretonne — renforce l'intérêt patrimonial de cette promenade architecturale. L'immeuble s'inscrit dans un ensemble urbain qui fait de Roscoff l'une des villes du Finistère les plus riches en architecture civile ancienne.
L'immeuble s'organise autour d'un corps de logis principal disposé parallèlement à la rue de la Réveillère, selon une implantation classique dans le parcellaire urbain roscovite. En arrière de ce corps de logis, une tourelle d'escalier hors-œuvre — élément le plus ancien de l'ensemble, attribuable au XVIe siècle — signale par sa présence la filiation avec les modèles architecturaux de la fin de la Renaissance bretonne. Deux ailes en retour, ajoutées au XVIIe ou XVIIIe siècle, viennent compléter le dispositif en créant une cour semi-fermée, conférant à l'ensemble un plan en U caractéristique des maisons de maître de la période classique. Le matériau dominant est le granit, pierre régionale par excellence, taillée avec soin et assemblée en appareillage régulier. Les façades, sobre dans leur traitement, devaient à l'origine présenter les éléments décoratifs typiques des demeures roscovites de la période : encadrements de fenêtres moulurés, linteaux travaillés, éventuellement des niches ou des lucarnes à fronton. La tourelle d'escalier, couverte d'un toit en poivrière ou en pavillon selon l'usage breton, constitue l'élément de composition le plus expressif de l'ensemble. L'intérêt architectural de l'édifice réside moins dans la grandeur de ses dimensions que dans la lisibilité de ses phases de construction successives. Il constitue un document bâti précieux pour comprendre comment l'architecture civile roscovite a évolué entre la fin de la Renaissance et le début de la période classique, à une époque où la ville connaissait une remarquable prospérité commerciale.
Fermé
Vérifier les horaires en saison
Roscoff
Bretagne