Immeuble ou Hôtel des Mirepoises
Au cœur de Sarlat, cet hôtel médiéval du XVe siècle, devenu couvent des Dames Mirepoises, dévoile un porche en plein cintre, des fenêtres à meneaux et une tourelle en encorbellement d'une élégance gothique saisissante.
Histoire
Niché dans le lacis de ruelles dorées de Sarlat-la-Canéda, l'hôtel des Mirepoises est l'un de ces joyaux discrets que seuls les promeneurs curieux savent dénicher. Édifié au XVe siècle sous le nom d'hôtel d'Aillac, il témoigne du faste de la bourgeoisie et de la noblesse périgordine à la fin du Moyen Âge, époque où Sarlat s'imposait comme l'une des cités les plus prospères du Périgord Noir. Ce qui rend ce monument véritablement singulier, c'est la superposition lisible de ses usages successifs : la demeure aristocratique du XVe siècle s'y lit dans ses fenêtres à meneaux et son imposant porche en plein cintre, tandis que la reconversion en couvent au XVIIe siècle a ajouté une dimension spirituelle incarnée par la chapelle des Mirepoises, toujours visible à l'entrée du jardin. Rares sont les édifices sarladais à offrir une telle stratification historique en un seul regard. La visite révèle un savant jeu de volumes : le corps de logis principal surplombe un passage voûté, créant une sensation de seuil solennel entre la rue animée et la quiétude du jardin en terrasse. Ce jardin, tombant en gradins à l'arrière du bâtiment, évoque les jardins monastiques médiévaux et offre un point de vue inattendu sur les toits de lauze de la vieille ville. La tourelle en encorbellement, aplatie et dotée d'un chemin de ronde, constitue l'élément le plus spectaculaire de la façade en retour d'équerre. Elle rappelle que cet hôtel fut d'abord une demeure défensive autant que résidentielle, à une époque où la frontière entre architecture civile et militaire demeurait poreuse. Pour le photographe, l'amateur d'architecture médiévale ou le simple curieux, cet édifice inscrit aux Monuments Historiques depuis 1962 représente une halte incontournable dans la découverte du patrimoine exceptionnel de Sarlat.
Architecture
L'hôtel des Mirepoises s'inscrit pleinement dans le vocabulaire du gothique civil périgourdin de la fin du XVe siècle, caractérisé par l'emploi du calcaire blond local, la sobriété ornementale et la solidité des volumes. L'élément d'accueil le plus remarquable est le porche en plein cintre donnant sur la rue : bien que l'arc en plein cintre soit techniquement roman, son usage dans l'architecture civile gothique tardive témoigne d'une permanence des formes régionales au-delà des modes stylistiques parisiennes. Ce porche ouvre sur un passage voûté, dispositif classique permettant de traverser un îlot bâti tout en maintenant la continuité du corps de logis en hauteur. Les fenêtres à meneaux du corps de logis principal sont caractéristiques du gothique flamboyant tardif : le meneau vertical divise la baie en deux ou quatre lumières, et les profils moulurés révèlent un soin particulier apporté à la taille de la pierre. La tourelle en encorbellement, placée à l'angle du bâtiment en retour d'équerre, constitue l'élément architectural le plus singulier de l'ensemble. Son profil aplati et son chemin de ronde la distinguent des tours d'escalier cylindriques plus courantes dans l'architecture civile de la région : elle évoque davantage un guet avancé, à mi-chemin entre la fonction défensive et la fantaisie décorative propre aux demeures nobiliaires du Périgord. Le corps de logis en avancée sur le jardin en terrasse complète la composition en créant un rapport subtil entre architecture et paysage, anticipant les préoccupations de la Renaissance pour l'intégration du bâti dans son environnement naturel. La chapelle des Mirepoises, édifiée au XVIIe siècle dans ce jardin, adopte probablement un style classique sobre, à l'image des chapelles conventuelles de la période post-tridentine, formant ainsi un dialogue discret entre le gothique médiéval du logis et la rigueur classique du lieu de culte.


