Au cœur de Josselin, cet immeuble à pans de bois du XVIe siècle séduit par ses encorbellements audacieux, ses motifs floraux sculptés et ses chanfreins en accolade, témoins discrets d'un art de bâtir breton à son apogée.
Niché dans les ruelles de Josselin, cette petite ville médiévale du Morbihan dominée par l'imposant château des Rohan, cet immeuble à pans de bois constitue l'un des exemples les plus significatifs de l'architecture civile bretonne de la Renaissance naissante. Si sa façade n'affiche pas l'ostentation des grandes demeures seigneuriales, elle recèle une élégance sobre et travaillée qui ne se révèle qu'à celui qui prend le temps de lever les yeux. La première chose qui frappe le visiteur attentif est la subtile harmonie entre le rez-de-chaussée en maçonnerie, solide socle de pierre, et les étages en pan de bois dont les poutres saillantes rythment la façade avec une précision toute charpentière. Loin d'être une simple construction utilitaire, l'édifice témoigne du savoir-faire des artisans josselinais du XVIe siècle, capables de marier structure et ornement avec une économie de moyens remarquable. Les motifs floraux sculptés qui ornent les pièces de bois aparaissent comme autant de signatures discrètes, rappelant que même dans l'architecture bourgeoise et marchande, la beauté avait droit de cité. Ces décors végétaux, caractéristiques du gothique flamboyant finissant et des premières influences Renaissance, placent l'édifice à la charnière de deux grandes esthétiques architecturales. Explorer cet immeuble, c'est aussi plonger dans l'atmosphère d'une ville qui, au XVIe siècle, vivait à l'ombre du puissant lignage des Rohan. Les rues pavées, les maisons à encorbellement qui se penchent légèrement les unes vers les autres, et le silence relatif de ce centre historique préservé offrent un cadre de déambulation idéal pour qui souhaite s'imprégner de l'âme de la Bretagne intérieure. Inscrit aux Monuments Historiques dès 1944, l'immeuble bénéficie d'une reconnaissance patrimoniale qui garantit sa préservation dans le tissu urbain de Josselin. Il s'apprécie idéalement lors d'une promenade combinée avec la visite du château des Rohan et de la basilique Notre-Dame-du-Roncier, formant avec eux un triptyque architectural d'une cohérence remarquable.
L'immeuble présente une composition en deux registres clairement distincts : un rez-de-chaussée en maçonnerie de pierre, qui assure la stabilité de l'ensemble et ancre l'édifice dans la tradition constructive locale, surmonté d'étages en pan de bois dont la structure apparente constitue le principal intérêt architectural. Cette dualité matérielle — pierre en bas, bois en hauteur — est caractéristique des constructions bretonnes des XVe et XVIe siècles, où le calcaire et le schiste côtoyaient le chêne des forêts intérieures. L'encorbellement des murs pignons et de l'avancée en pan de bois est l'élément le plus spectaculaire de la façade. Grâce à ce procédé, chaque étage déborde légèrement sur l'espace public, créant un effet de porte-à-faux maîtrisé qui imprime à la rue sa silhouette si caractéristique. Les extrémités des poutres saillissent en façade, formant des consoles structurelles qui supportent le plancher de l'étage supérieur tout en rythmant visuellement la composition. Sur ces pièces de bois exposées, les artisans ont sculpté des motifs floraux — roses, feuillages, entrelacs — qui adoucissent la rigueur de la charpente et affirment le goût décoratif de l'époque. La porte d'entrée et une fenêtre du rez-de-chaussée conservent les traces de chanfreins et de moulures en accolade, ornement gothique flamboyant typique du premier XVIe siècle breton, partiellement masqués par des reprises au mortier. Ces éléments lapidaires confirment que le niveau inférieur faisait l'objet d'un soin particulier, destiné à signifier la dignité du logis à hauteur du regard des passants.
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