
Immeuble
Ancienne apothicairerie des Templiers à Issoudun, ce double logis médiéval à pignons aigus cache une tourelle d'escalier gothique flamboyant ornée d'un exceptionnel gâble en accolade aux choux frisés.

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Histoire
Au cœur d'Issoudun, ville chargée d'histoire au sein du Berry, se dressent deux hautes maisons médiévales que les siècles ont presque épargnées. Accolées l'une à l'autre sous leurs toits en pointe caractéristiques, elles forment un ensemble rare dans le paysage urbain de l'Indre, témoignant d'une architecture civile gothique dont peu d'exemples ont traversé intact les révolutions et les guerres. L'inscription aux Monuments Historiques en 1987 est venue consacrer une valeur patrimoniale que les habitants du quartier pressentaient depuis longtemps. Ce qui distingue immédiatement ce bâtiment de ses voisins, c'est la tourelle d'escalier hors œuvre qui s'élève entre les deux corps de logis comme un trait d'union entre deux âmes distinctes. Elle concentre à elle seule l'essentiel de l'ornement sculpté : la porte qui y donne accès est couronnée d'un gâble en accolade d'une finesse remarquable, agrémenté de choux frisés et flanqué de pinacles élancés. Cette composition gothique flamboyant, ajoutée à la fin du XVe siècle, révèle les ambitions esthétiques des propriétaires de l'époque, désireux d'afficher leur rang dans la ville. La visite de l'extérieur du bâtiment offre une véritable leçon d'archéologie du bâti. Les façades livrent, à qui sait les regarder, les strates successives de remaniements opérés du XVe au XXe siècle : percements agrandis, fenêtres modifiées, linteaux retaillés. Chaque époque a laissé sa marque, sans jamais effacer complètement la silhouette médiévale originelle, ce qui confère à l'ensemble une authenticité rare et une lisibilité historique précieuse. Issoudun elle-même mérite le détour. Ancienne ville royale disputée entre les rois de France et les ducs d'Angleterre au Moyen Âge, elle conserve un patrimoine médiéval cohérent où cette maison templière trouve naturellement sa place. La présence de la Tour Blanche, du musée municipal et de l'hospice Saint-Roch à proximité permet de composer une journée entière d'exploration au cœur du Berry profond, loin des circuits touristiques balisés.
Architecture
L'immeuble se présente comme deux corps de bâtiment médiévaux accolés, coiffés de toits à forte pente terminés par des pignons aigus caractéristiques de l'architecture civile gothique du centre de la France. Cette silhouette élancée, dressée dans la rue, rappelle les maisons à pignons que l'on retrouve dans les villes de l'ancien Berry et du Val de Loire, et qui constituent un type architectural cohérent pour les XIIIe-XVe siècles. L'ensemble repose probablement sur des maçonneries de calcaire local, matériau dominant dans cette région de l'Indre. L'élément architectural le plus remarquable demeure la tourelle d'escalier hors œuvre, implantée entre les deux logis et faisant légèrement saillie sur la façade. Elle abrite un escalier à vis desservant les niveaux superposés et porte, en son pied, la porte gothique flamboyant qui constitue le joyau décoratif du bâtiment. Ce portail présente un gâble en accolade — arc en forme de double courbe renversée caractéristique du style flamboyant — enrichi de choux frisés sculptés et cantonné de deux pinacles élancés. La qualité d'exécution de ces éléments sculptés, finement détaillés, désigne un atelier maîtrisant parfaitement le répertoire formel de la fin du XVe siècle. Les façades présentent la stratification lisible de plusieurs siècles d'interventions : baies agrandies, fenêtres aux linteaux remaniés, percements modernes venant s'inscrire dans la trame médiévale originelle. Malgré ces remaniements, la volumétrie d'ensemble est restée suffisamment intacte pour que le bâtiment conserve sa puissance évocatrice et sa lisibilité dans le tissu urbain d'Issoudun.


