Immeuble du Café des Deux Garçons
Emblème vivant du Cours Mirabeau, le Café des Deux Garçons est une institution aixoise du XVIIIe siècle où Cézanne, Zola et Picasso ont sirotél'absinthe, figée dans son décor Second Empire d'une rare élégance.
Histoire
Au cœur du Cours Mirabeau, l'artère la plus célèbre d'Aix-en-Provence, l'immeuble abritant le Café des Deux Garçons constitue l'un des témoignages les plus éloquents de la vie de café à la française telle qu'elle s'épanouit entre le XVIIIe et le XIXe siècle. Fondé en 1792, l'établissement occupe le rez-de-chaussée d'un immeuble de style classique provençal dont la façade sobre et élégante dialogue harmonieusement avec les platanes centenaires ombrant l'avenue. On y perçoit immédiatement cette dualité typiquement méridionale : la rigueur architecturale du classicisme français tempérée par la sensualité des ocres et des pierres calcaires de la région. Ce qui distingue véritablement les 'Deux G', comme les Aixois l'appellent affectueusement, c'est la conservation remarquable de son intérieur Belle Époque : boiseries dorées, miroirs biseautés à l'infini, banquettes en velours rouge sang, et luminaires en bronze patiné qui projettent une lumière dorée sur un parquet à chevrons savamment vieilli. Chaque détail évoque l'âge d'or des cafés littéraires parisiens, transporté sous le soleil de Provence. L'expérience de visite dépasse la simple contemplation architecturale : s'attabler en terrasse sous les platanes, un café crème devant soi, c'est s'inscrire dans une continuité historique vertigineuse qui relie directement à Cézanne esquissant ses premières toiles mentales, à Émile Zola discutant fiévreusement de littérature, ou à Picasso observant la lumière rasante du soir sur les façades dorées du Cours. Le café est resté ouvert et vivant, ce qui en fait un monument habité, peut-être le plus précieux des statuts. Le Cours Mirabeau lui-même, tracé en 1649 sur l'emplacement des anciennes murailles médiévales, forme un écrin idéal pour cet édifice. Les fontaines moussues qui rythment l'avenue, la perspective monumentale des hôtels particuliers du XVIIe et XVIIIe siècle côté sud, la succession de cafés et de librairies côté nord — tout concourt à faire de cette adresse non seulement un monument architectural, mais un fragment de mémoire collective provençale, protégé à juste titre depuis 1984 au titre des Monuments Historiques.
Architecture
L'immeuble du Café des Deux Garçons présente une façade typique de l'architecture classique provençale du XVIIIe siècle, s'inscrivant dans la continuité stylistique des immeubles de rapport qui bordent le côté nord du Cours Mirabeau. Construit en pierre calcaire locale aux teintes chaudes allant du blanc crème à l'ocre doré, l'édifice déploie une façade ordonnée sur plusieurs niveaux, rythmée par des fenêtres à moulures et des balconnets en fer forgé ouvragé. La corniche sommitale, travaillée en modillons, couronne l'ensemble avec la sobriété élégante caractéristique du classicisme méridional, distinct par sa légèreté de son équivalent parisien. L'espace commercial du rez-de-chaussée a été profondément remanié au milieu du XIXe siècle pour accueillir le décor intérieur Second Empire qui fait aujourd'hui la renommée de l'établissement. La salle principale révèle un ensemble cohérent de boiseries peintes et dorées, de hauts miroirs biseautés multipliant l'espace à l'infini, de plafonds à caissons ornés de motifs floraux et de cartouches, et d'un comptoir en bois massif sculpté. Les luminaires en bronze doré, suspendus à des rosaces de plâtre, complètent un décor d'une qualité remarquable qui trouve peu d'équivalents aussi bien conservés en province. La terrasse extérieure, prolongeant harmonieusement l'établissement sur le trottoir ombragé du Cours, constitue en elle-même un élément architectural et patrimonial essentiel, prolongement de l'espace intérieur vers le grand théâtre urbain du Cours Mirabeau.


