Hôtel Saint-François, dit aussi Hôtel de la Perle
Joyau méconnu de Bordeaux, l'Hôtel Saint-François stupéfie par son audace constructive : dès 1854, Antoine Audubert y déploie l'acier structurel et des planchers suspendus, précurseur visionnaire de l'architecture industrielle moderne.
Histoire
Dissimulé dans le tissu urbain bordelais, l'Hôtel Saint-François — dit aussi Hôtel de la Perle — constitue l'une des expériences architecturales les plus singulières que la ville ait à offrir aux amateurs de patrimoine industriel et technique. Classé Monument Historique depuis 2013, cet immeuble de rapport du XIXe siècle déroute par son apparente discrétion et fascine dès que l'on en comprend les secrets de fabrication. Ce qui distingue radicalement l'édifice de ses contemporains, c'est l'emploi systématique de l'acier comme matériau de gros œuvre à une époque où la pierre et la brique régnaient en maîtresses absolues sur l'architecture civile française. Les planchers ne reposent pas sur des murs porteurs traditionnels : ils sont suspendus à de puissantes poutres métalliques courant au sommet du bâtiment, un principe structural qui rappelle les audaces des grands ingénieurs du second XIXe siècle, bien avant que Gustave Eiffel n'en fasse sa marque de fabrique. L'expérience de visite relève davantage de l'enquête que du simple tourisme culturel. Il faut lever les yeux, chercher les détails, comprendre comment ce bâtiment tient debout selon une logique inverse à celle de la construction ordinaire. Les façades, sobres et bourgeoises en apparence, dissimulent une révolution structurelle que seul l'œil averti sait déceler au premier regard. Implanté dans Bordeaux, ville inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO pour son architecture des XVIIIe et XIXe siècles, l'Hôtel Saint-François s'inscrit dans un environnement urbain dense et élégant. Sa valeur ne tient pas à l'ostentation décorative mais à l'innovation technique, ce qui en fait un monument particulièrement précieux pour les historiens de l'architecture, les ingénieurs et tous ceux qu'intéresse la généalogie de la construction moderne.
Architecture
L'Hôtel Saint-François s'inscrit dans le vocabulaire formel de l'architecture de rapport bordelaise du Second Empire : façades en pierre de taille, ordonnancement régulier des baies, corniche couronnant l'ensemble selon les canons haussmanniens qui triomphent alors dans toute la France urbaine. Rien, de prime abord, ne trahit la singularité structurelle de l'édifice, ce qui contribue paradoxalement à son intérêt : la révolution est intérieure, invisible, souterraine. Le principe constructif central repose sur un squelette métallique en acier utilisé comme gros œuvre, à une époque où ce matériau était encore réservé aux constructions industrielles, aux halles de marché et aux grandes gares. Audubert le transpose à l'immeuble d'habitation avec une audace remarquable. Les poutres maîtresses courent au sommet du bâtiment et servent de point d'ancrage à des suspentes métalliques qui soutiennent les plateaux de chaque étage : c'est le principe de la structure à câbles ou à tiges tendues, que l'on retrouvera bien plus tard dans certains gratte-ciels du XXe siècle. Cette organisation structurelle présente des avantages considérables en termes de flexibilité des espaces intérieurs : libérés des contraintes des murs porteurs intermédiaires, les plateaux peuvent être découpés et organisés librement, anticipant ainsi les principes du plan libre que Le Corbusier théorisera près d'un siècle plus tard. La dimension hygiéniste se manifeste également dans la recherche de hauteurs sous plafond généreuses et dans une circulation de l'air facilitée par l'absence de cloisonnements structurels lourds.


