Hôtel particulier (hôtel Mabille-Duchêne)
Au cœur de Baugé-en-Anjou, cet hôtel particulier Renaissance et classique, aux façades élégantes étagées sur quatre siècles, témoigne du raffinement des grandes familles angevines entre le XVIe et le XIXe siècle.
Histoire
Niché dans les ruelles de Baugé, petite ville du Maine-et-Loire au patrimoine étonnamment dense, l'hôtel Mabille-Duchêne s'impose comme l'un des témoignages les plus significatifs de l'architecture civile privée en Anjou. Sa longue chronologie constructive — du dernier quart du XVIe siècle jusqu'au XIXe siècle — en fait un véritable palimpseste architectural, où chaque génération a su ajouter sa marque sans trahir l'harmonie de l'ensemble. La demeure appartient à cette catégorie d'hôtels particuliers de province qui, loin du faste parisien, reflètent avec sincérité les aspirations culturelles et économiques d'une bourgeoisie et d'une noblesse de robe angevines attachées à leurs racines. Les façades successives, lisibles dans la pierre blanche du tuffeau caractéristique du Val de Loire, racontent une ambition architecturale renouvelée à chaque siècle, du langage Renaissance aux sobres épurations classiques du XVIIIe siècle. Visiter l'hôtel Mabille-Duchêne, c'est se plonger dans l'intimité d'une grande maison de province qui a traversé les bouleversements de l'Ancien Régime, de la Révolution et de la modernité sans perdre son âme. L'inscription aux Monuments Historiques en 1992 a consacré la valeur patrimoniale d'un édifice qui mérite une attention bienveillante et un regard attentif aux détails : moulures, encadrements de fenêtres, toiture, cour intérieure. Baugé elle-même constitue un écrin idéal pour prolonger la visite : la cité abrite le château de Baugé — ancienne résidence de plaisance de Louis Ier d'Anjou — ainsi qu'une pharmacie hospitalière du XVe siècle et la chapelle des Filles-du-Cœur-de-Marie, qui conserve la Vraie Croix d'Anjou. L'hôtel Mabille-Duchêne s'inscrit ainsi dans une constellation patrimoniale rare pour une ville de cette taille.
Architecture
L'hôtel Mabille-Duchêne appartient à la grande famille des hôtels particuliers du Val de Loire construits en tuffeau, cette roche calcaire blanche et facilement travaillable qui a fait la réputation des tailleurs de pierre angevins et tourangeaux. Les façades les plus anciennes, datables du dernier quart du XVIe siècle, présentent probablement les caractéristiques de la Renaissance angevine finissante : lucarnes à frontons, pilastres engagés, encadrements de baies moulurés en arc en plein cintre ou à crossettes, disposés avec une sobriété élégante qui distingue l'architecture civile angevine de son homologue tourangelle parfois plus exubérante. Les campagnes des XVIIe et XVIIIe siècles ont introduit une organisation plus régulière des élévations, avec une hiérarchie lisible des niveaux et des toitures en ardoise d'Anjou à forte pente, matériau omniprésent dans la région. Les corps de bâtiment s'organisent vraisemblablement autour d'une cour intérieure, selon le schéma traditionnel de l'hôtel particulier provincial, avec un corps principal sur rue, des ailes en retour et peut-être un jardin en fond de parcelle. Les détails intérieurs, typiques des remaniements successifs, devaient inclure des escaliers à rampe en ferronnerie pour les parties XVIIIe siècle, des plafonds à poutres apparentes ou à la française pour les parties les plus anciennes, et des cheminées en tuffeau sculpté dont la monumentalité variait selon le prestige de la pièce. L'ensemble constitue un exemple cohérent et attachant de l'architecture résidentielle de qualité en Anjou, à mi-chemin entre la grande seigneurie et la maison bourgeoise.


