Au cœur de Guingamp, cet hôtel particulier du XVIe siècle porte les traces d'une histoire foisonnante : atelier monétaire ducal supposé, demeure bourgeoise et auberge prospère sur les routes de Bretagne.
Niché dans le tissu historique de Guingamp, ville bretonne chargée d'histoire et jadis cité ducale de premier plan, cet hôtel particulier du XVIe siècle constitue l'un des témoins les plus éloquents de l'architecture civile de la région. Successivement connu sous les noms d'hôtel des Monnaies, du Cheval Blanc ou encore de l'Empereur et des Voyageurs, il cumule les identités comme autant de strates d'une vie urbaine intense, reflétant à lui seul plusieurs siècles de Bretagne commerçante et bourgeoise. Ce qui rend cet édifice véritablement singulier, c'est la densité de son passé : derrière une façade de pierre sobre et élégante se lisent les ambitions d'une bourgeoisie marchande ascendante, les flux du commerce sur les routes atlantiques, et peut-être même l'écho lointain des ateliers monétaires des ducs de Bretagne. L'inscription aux Monuments Historiques en 2021 est venue consacrer officiellement cette richesse patrimoniale longtemps sous-estimée. Visiter cet hôtel particulier, c'est plonger dans une Guingamp médiévale et Renaissance que les siècles ont préservée avec une remarquable discrétion. La ville elle-même, dominée par la basilique Notre-Dame-de-Bon-Secours, offre un écrin idéal pour qui cherche à comprendre la puissance de la Bretagne ducale loin des circuits touristiques saturés. Le bâtiment s'inscrit dans un quartier encore marqué par son tissu parcellaire ancien, où cours, jardins et dépendances rappellent l'organisation des grandes demeures bourgeoises provinciales du XVIe siècle. Pour l'amateur d'architecture civile bretonne, cette adresse représente une découverte de premier ordre, à croiser avec les autres hôtels particuliers et maisons à colombages que recèle encore le centre historique de Guingamp.
L'hôtel particulier de Guingamp s'inscrit dans la tradition de l'architecture civile bretonne de la Renaissance, caractérisée par l'usage de la pierre de granite locale, matériau omniprésent dans les Côtes-d'Armor, et par une sobriété décorative qui contraste avec les fastes de la Renaissance italienne. La façade, dans la continuité des hôtels bourgeois du XVIe siècle armoricain, présente probablement des fenêtres à meneaux ou à croisées de pierre, caractéristiques de la période, encadrées de moulures discrètes témoignant du soin apporté par les commanditaires à leur représentation sociale. La composition du bâtiment reflète l'évolution de ses usages successifs : les adjonctions et aménagements réalisés en 1731 ont vraisemblablement modifié la distribution intérieure pour répondre aux exigences de l'exploitation hôtelière, avec la création de salles communes, de chambres pour voyageurs et peut-être d'écuries ou de remises ouvrant sur une cour intérieure. Cette organisation autour d'une cour, typique des grands hôtels particuliers provinciaux, permettait d'accueillir les attelages et de séparer les espaces de représentation des zones de service. L'ensemble — maison principale, cours et jardins mentionnés dans les actes notariés du XVIIe siècle — témoigne d'une emprise foncière significative, caractéristique des demeures des élites urbaines bretonnes de l'époque moderne. Les volumes, les percements et la modénature de pierre participent d'un langage architectural cohérent avec ce que l'on observe dans les autres hôtels particuliers conservés à Guingamp et dans les villes de Bretagne intérieure.
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