Hôtel Dufau-Lamothe
Joyau discret du Bordeaux des Lumières, l'hôtel Dufau-Lamothe dévoile l'art de vivre d'un grand négociant du XVIIIe siècle, avec son vaste jardin d'époque et sa mystérieuse chapelle aux fresques oubliées.
Histoire
Niché dans le tissu urbain de Bordeaux, l'hôtel Dufau-Lamothe est l'un de ces hôtels particuliers qui perpétuent en silence la mémoire du siècle des Lumières. Édifié entre 1762 et 1765, il incarne la discrétion opulente d'une bourgeoisie bordelaise enrichie par le commerce atlantique, soucieuse de marquer son rang sans ostentation excessive. Sa façade sobre et élégante, typique de l'architecture civile girondine de la seconde moitié du XVIIIe siècle, dialogue avec le tissu haussmannien qui l'entoure tout en affirmant son antériorité et sa singularité. Ce qui rend cet hôtel véritablement unique, c'est la profondeur de son histoire et la superposition des usages qui s'y sont succédé au fil des siècles. Conçu pour un grand propriétaire qui ne cessa d'en agrandir les dépendances jardinées pendant trois décennies, il fut ensuite transformé en pensionnat de jeunes filles, vocation qui marqua durablement ses volumes intérieurs. Cette stratification des fonctions — résidence aristocratique, établissement éducatif — se lit encore dans la pierre et dans les espaces. La grande surprise de la visite réside sans conteste dans la chapelle aménagée dans les caves au XIXe siècle. Son décor peint, encore partiellement visible malgré les outrages du temps, transporte le visiteur dans un univers de dévotion intime et de pieuse quotidienneté propre aux institutions religieuses de l'époque. Ce témoignage pictural rarissime mérite à lui seul le détour. Le jardin, reconstitué dans ses grandes lignes à partir du vaste domaine que Jean Léon Dufau de Lamothe avait patiemment constitué parcelle après parcelle, offre un écrin de verdure inattendu au cœur de la métropole girondine. Bordeaux, inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO pour son ensemble urbain du XVIIIe siècle, révèle ici l'une de ses facettes les plus intimes et les moins connues du grand public.
Architecture
L'hôtel Dufau-Lamothe s'inscrit dans la tradition de l'architecture civile bordelaise de la seconde moitié du XVIIIe siècle, caractérisée par une élégance sobre et une recherche d'équilibre des proportions héritée du classicisme français. Sa façade, vraisemblablement en pierre de taille calcaire du bassin d'Aquitaine — ce calcaire clair et lumineux qui donne à Bordeaux sa teinte dorée caractéristique —, présente une composition symétrique rythmée par des baies à encadrements moulurés et des modénatures discrètes mais travaillées. Le bâtiment originel à deux niveaux, surmonté d'un toit à la française, fut rehaussé d'un étage au XIXe siècle lors de sa conversion en pensionnat, modification qui modifie sensiblement les proportions de l'ensemble tout en témoignant de la vitalité fonctionnelle de l'édifice. À l'intérieur, la distribution des espaces reflète les usages de la demeure bourdelaise classique : un corps de logis principal organisé autour d'une enfilade de pièces de réception, avec des éléments décoratifs — boiseries, cheminées en pierre, parquets à points de Hongrie — caractéristiques du goût Louis XV tardif et Louis XVI émergent. La cave, espace habituellement dévolu à la conservation des vins dans le contexte bordelais, fut remarquablement détournée de sa fonction première au XIXe siècle pour accueillir une chapelle dotée d'un décor peint d'une réelle qualité artistique, dont les scènes pieuses, bien qu'altérées, conservent une force évocatrice indéniable. Le jardin, élément constitutif de la composition d'origine, représente un témoignage rare de l'art des jardins privés bordelais du XVIIIe siècle. Sa conception, fruit de l'accumulation patiente de parcelles sur trois décennies, suggère un dessin à la française ou une évolution vers le jardin pittoresque à l'anglaise, dans l'esprit des jardins de plaisance que prisait la bourgeoisie éclairée de l'époque.


