Hôtel dit de la Faïencerie
Dernier vestige d'un vaste domaine bordelais du XVIIIe siècle, l'hôtel de la Faïencerie déploie son élégance classique entre cours de Verdun et jardin public, témoin silencieux du grand siècle bordelais.
Histoire
Au cœur de Bordeaux, là où le cours de Verdun longe le jardin public, se dresse un édifice discret mais chargé d'histoire : l'hôtel de la Faïencerie. Inscrit aux Monuments Historiques depuis 2009, ce bâtiment du milieu du XVIIIe siècle représente aujourd'hui le seul survivant d'un ensemble architectural autrefois considérable, qui s'étendait sur plusieurs îlots entre la rue Fondaudège, la rue Dumas, l'actuelle rue Hustin et le cours de Verdun. Sa survie, dans une ville qui a connu d'importantes transformations urbaines aux XIXe et XXe siècles, relève presque du miracle. Ce qui rend l'hôtel de la Faïencerie véritablement singulier, c'est précisément ce statut de vestige. Là où ses contemporains ont été absorbés par le tissu urbain ou rasés lors des grands travaux haussmanniens qui ont reconfiguré Bordeaux, cet hôtel particulier a résisté, préservant les proportions et le vocabulaire architectural du classicisme bordelais dans toute leur sobriété raffinée. Son nom évocateur rappelle une activité artisanale et commerciale qui a profondément marqué la ville portuaire au siècle des Lumières. L'hôtel se compose de deux corps de bâtiment complémentaires : le premier, principal, présente son ordonnancement sur le cours de Verdun, avec un étage et des combles caractéristiques de l'architecture civile bordelaise du XVIIIe siècle. Le second, plus étroit, lui est perpendiculaire et s'ouvre sur la rue Hustin, formant un ensemble en équerre qui laisse deviner l'organisation intérieure d'une demeure bourgeoise de quelque envergure. Pour le visiteur curieux, l'hôtel de la Faïencerie s'apprécie en flânant le long du cours de Verdun, à deux pas du jardin public. Le cadre invite à une promenade contemplative, où l'architecture de pierre calcaire de la façade dialogue naturellement avec le végétal voisin. Les amateurs d'histoire urbaine y verront un précieux document en pierre sur ce que fut la grande Bordeaux du XVIIIe siècle, avant que les aménagements successifs n'en transforment la physionomie.
Architecture
L'hôtel de la Faïencerie s'inscrit pleinement dans le registre de l'architecture classique bordelaise du XVIIIe siècle, caractérisé par une élégance sobre et une rigueur compositionnelle héritée de la tradition française. Le bâtiment principal, implanté sur le cours de Verdun, présente une élévation à un étage surmonté de combles, schéma typique de l'hôtel particulier de la bourgeoisie marchande bordelaise. La pierre calcaire de la région, au grain fin et à la teinte blonde caractéristique, est vraisemblablement le matériau dominant, conférant à l'ensemble la lumineuse sobriété propre aux façades du vieux Bordeaux. Le second corps de bâtiment, perpendiculaire au premier et donnant sur la rue Hustin, est de gabarit plus modeste, plus étroit selon la description mérimée. Cette disposition en équerre est courante dans les demeures bourgeoises du XVIIIe siècle : elle permet d'organiser les espaces de service et les communs en retrait de la façade de représentation, tout en délimitant une cour intérieure ou un espace de dégagement. L'articulation entre ces deux volumes constitue l'un des intérêts architecturaux majeurs de l'édifice. Les éléments de décor de façade — encadrements de baies, modénature des corniches, éventuels balcons en fer forgé ou mascarons — bien que non documentés précisément, répondent très probablement aux canons stylistiques du classicisme régional, influencé par les grands chantiers des intendants de Guyenne et par les architectes qui ont œuvré à l'embellissement de Bordeaux au siècle des Lumières, tels Gabriel ou Bonfin.


