Au cœur de Rennes, cet hôtel particulier du XVIIe siècle fut le sanctuaire des présidents de Robien, parlementaires et collectionneurs d'exception, dont les boiseries à la chinoiserie révèlent un raffinement intact.
Dissimulé dans le tissu urbain de la vieille ville de Rennes, l'hôtel de Robien est l'un de ces joyaux discrets que seul un regard averti sait déceler. Derrière une façade sobre caractéristique de l'architecture civile bretonne des XVIIe et XVIIIe siècles se cache un intérieur d'une richesse remarquable, reflet des ambitions culturelles d'une famille qui compta parmi les esprits les plus éclairés du royaume. Ce qui distingue véritablement cet hôtel particulier, c'est la singularité de son décor intérieur. Les boiseries d'époque Louis XIV et Louis XV y voisinent avec deux dessus-de-porte et quatre panneaux ornés à la manière des laques de Chine — une fantaisie orientalisante rare en Bretagne, témoignage de la mode des chinoiseries qui enflammait les cours et les salons cultivés du XVIIIe siècle. Ces panneaux, conservés dans l'ancien Salon de Compagnie, constituent un document artistique de premier ordre sur le goût d'une élite provinciale connectée aux tendances parisiennes et européennes. La visite évoque irrésistiblement le monde des Lumières en province : on imagine Christophe-Paul de Robien, président à mortier au Parlement de Bretagne, arpenter ces pièces entourées de ses collections — antiques, curiosités naturelles, peintures — qui formèrent le noyau fondateur du musée des Beaux-Arts de Rennes. L'hôtel était alors bien plus qu'une demeure : c'était un cabinet de curiosités habitable, un carrefour intellectuel entre Rennes et Paris. Aujourd'hui occupé par une agence du Crédit Agricole, le bâtiment vit une double existence, à la fois monument classé et lieu de vie contemporaine. Cette cohabitation, paradoxale en apparence, n'ôte rien à l'émotion que procurent ses volumes et ses boiseries. Elle rappelle que le patrimoine n'est pas un musée figé mais un espace vivant, traversé par le temps et ses usages successifs. Rennes, ville de parlement et de culture, offre au visiteur passionné un itinéraire remarquable dont l'hôtel de Robien est l'une des étapes les plus subtiles — loin des foules, proche de l'essentiel.
L'hôtel de Robien s'inscrit dans la tradition de l'hôtel particulier de la noblesse de robe française des XVIIe et XVIIIe siècles, avec une organisation typique en corps de logis principal flanqué d'ailes ou de dépendances ouvrant sur une cour d'honneur. La façade, sobre et digne, reflète le classicisme provincial breton : pierre de taille locale, ordonnancement régulier des fenêtres à meneaux ou à petits-bois, corniche moulurée. L'ensemble, bien que discret dans le tissu urbain rennais, dégage l'autorité tranquille propre aux demeures des magistrats de l'Ancien Régime. C'est à l'intérieur que réside l'essentiel de la richesse architecturale et décorative du bâtiment. Les boiseries des XVIIe et XVIIIe siècles, remarquablement conservées, tapissent les pièces de réception d'un décor sculpté où alternent panneaux lisses, moulures en cavet et frises à motifs végétaux ou géométriques. Le clou du décor est constitué par les quatre panneaux peints à la manière des laques de Chine et les deux dessus-de-porte de l'ancien Salon de Compagnie : ces œuvres, dans la veine des chinoiseries européennes du début du XVIIIe siècle, représentent des scènes orientalisantes aux fonds noirs ou sombres rehaussés de motifs dorés et colorés, évoquant les laques asiatiques alors très en vogue dans les intérieurs aristocratiques et bourgeois. La sobriété extérieure et la richesse intérieure constituent le paradoxe assumé de cet édifice, reflet d'une culture parlementaire qui préférait l'ostentation savante au faste ostentatoire. Les jardins et le Trianon aujourd'hui disparus devaient compléter cet ensemble par une dimension paysagère et picturale qui en faisait une demeure totale au sens du XVIIIe siècle.
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