Hôtel de Nervau
Au cœur de Périgueux, l'hôtel de Nervau dévoile trois siècles d'histoire superposés, couronnés par un exceptionnel plafond sculpté Renaissance aux cartouches figurant Adam et Ève et la salamandre de François Ier.
Histoire
Dissimulé derrière une sobre façade du XVIIIe siècle sur l'une des ruelles du vieux Périgueux, l'hôtel de Nervau est l'un de ces trésors que la ville révèle à ceux qui savent lever les yeux — ou pousser les portes. Inscrit aux Monuments Historiques depuis 1970, cet hôtel particulier est bien plus qu'une belle demeure classique : c'est un palimpseste de pierre où quatre siècles d'architecture et d'histoire périgourdine se lisent couche après couche. Ce qui rend ce lieu véritablement unique, c'est la stratification remarquable de ses époques. La large porte en tiers-point à grands claveaux conservée sur la face sud témoigne d'un édifice médiéval du XIVe siècle que l'on peut encore toucher du regard. Au-dessus, le souvenir du logis Renaissance de la famille de Meredieu transparaît dans ce qui constitue le joyau de l'hôtel : le plafond à caissons sculptés du palier du premier étage, véritable manifeste de l'humanisme de la Renaissance française, où se côtoient scènes bibliques et emblèmes royaux. L'expérience de la visite est celle d'une déambulation dans le temps. Le long couloir d'entrée — nécessité par la reconfiguration du XVIIIe siècle qui absorba l'ancienne cour intérieure — crée une subtile tension, une mise en scène presque théâtrale avant la révélation de l'escalier et de son plafond. On y découvre les portraits et armoiries de la famille de Meredieu, encadrés dans leurs cartouches avec une précision qui confère à ce plafond la valeur d'un document généalogique autant qu'artistique. La façade sur jardin, avec sa légère avancée centrale et sa petite tourelle polygonale tronquée à l'angle sud-est, offre un contrepoint pittoresque à la rigueur de la façade de rue. Ce dialogue entre la discrétion urbaine et la fantaisie architecturale côté jardin est typique des grandes demeures périgourdines du XVIIIe siècle, soucieuses de respecter les codes de représentation sociale tout en ménageant des espaces d'intimité et d'agrément.
Architecture
L'hôtel de Nervau présente une architecture composite qui illustre parfaitement la continuité des usages bâtisseurs sur une même parcelle urbaine. La façade sur rue, sobre et régulière, est caractéristique de l'hôtel particulier provincial du XVIIIe siècle : élévation ordonnancée, travées scandées par des fenêtres à encadrements moulurés, portail d'entrée donnant directement sur la voie publique sans cour d'honneur interposée — choix délibéré qui distingue cet édifice des grands hôtels à cour de la tradition classique française. La façade sur jardin, plus animée, est articulée par une légère avancée centrale et s'enrichit à son angle sud-est d'une tourelle polygonale tronquée, motif pittoresque hérité de la tradition architecturale locale. Le parti intérieur est gouverné par un long couloir d'entrée menant à l'escalier, disposition inhabituelle qui résulte de l'absorption de l'ancienne cour intérieure lors de la reconstruction du XVIIIe siècle. C'est au palier du premier étage que se concentre l'essentiel de l'intérêt décoratif de l'édifice. Le plafond à caissons, seul élément intérieur remarquablement décoré, est divisé en trois travées principales elles-mêmes subdivisées en compartiments sculptés. La qualité de la sculpture — qui associe registre biblique (Adam et Ève, l'Annonciation) et symbolique royale (la salamandre de François Ier) — témoigne du savoir-faire des ateliers périgourdins de la Renaissance, influencés par les grands chantiers royaux du Val de Loire. La face sud de l'édifice conserve enfin une porte en arc brisé à grands claveaux, seul vestige visible de l'occupation médiévale du XIVe siècle, qui confère à l'ensemble une dimension archéologique précieuse.
Personnages liés
Carte
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