Dans les ruelles de Saint-Malo, l'hôtel de la Gicquelais veille sur la mémoire de Chateaubriand. Cette demeure malouine du XVIIe siècle, sobre et austère comme il se doit, abrita le 4 septembre 1768 la naissance du père du romantisme français.
Au cœur de l'intra-muros de Saint-Malo, enserré dans le lacis de ruelles de granit qui caractérise la cité corsaire, l'hôtel de la Gicquelais s'impose comme l'un des lieux de mémoire les plus intenses de la littérature française. Ce n'est pas un château ni une abbaye, mais une maison de notable malouin — pierre sombre, façade resserrée, fenêtres à meneaux sobres — et c'est précisément cette discrétion qui force le respect : rien ici ne cherche à impressionner, tout invite au recueillement. Bâtie au deuxième quart du XVIIe siècle, la demeure appartient à la longue tradition des maisons bourgeoises malouines, construites en granite de Chausey, serrées les unes contre les autres pour résister aux vents d'ouest et aux embruns de la Manche. L'architecture y est fonctionnelle, économe d'ornements superflus, reflet d'une bourgeoisie marchande et armatoriale qui plaçait la solidité avant le faste. C'est dans cet écrin austère que naquit François-René de Chateaubriand, avant que la famille ne rejoigne le château de Combourg. Visiter l'hôtel de la Gicquelais, c'est d'abord flâner dans Saint-Malo intra-muros, dont les remparts grandioses encadrent chaque pas. La maison natale s'intègre à un quartier dense où chaque pierre raconte l'histoire des armateurs, des corsaires et des explorateurs qui firent la gloire de la cité. Le visiteur sensible au romantisme ne peut qu'imaginer le jeune François-René, bercé par le bruit des vagues et le cri des goélands, nourri dès l'enfance de cette mélancolie maritime qui imprègnera toute son œuvre. Le monument est classé Monument Historique depuis 1964, reconnaissance officielle de son rôle dans la mémoire collective nationale. Si la maison n'est pas ouverte au public dans les conditions d'un musée traditionnel, son seul regard extérieur, depuis la rue pavée, constitue une étape incontournable de tout pèlerinage littéraire dans la ville close. Les amateurs de Chateaubriand prolongeront naturellement la visite par le tombeau de l'écrivain au rocher du Grand Bé, visible depuis les remparts.
L'hôtel de la Gicquelais s'inscrit dans la tradition architecturale des maisons bourgeoises malouines du XVIIe siècle, caractérisée par une expression austère et fonctionnelle que dictent à la fois le climat breton et les ressources locales. Édifiée en granite de Chausey — cette pierre grise et dense extraite des îles au large de la côte normande-bretonne, omniprésente dans la construction malouine —, la façade présente le profil serré et vertical typique des demeures urbaines de la cité corsaire : peu de largeur, plusieurs niveaux superposés, ouvertures bien proportionnées mais sans exubérance décorative. Les fenêtres à meneaux de pierre, disposées avec rigueur sur la façade principale, témoignent d'un vocabulaire architectural du premier XVIIe siècle encore marqué par les traditions de la fin de la Renaissance, avant que le classicisme louis-quatorzien ne s'impose pleinement. Les encadrements de baies, sobrement moulurés, constituent les seuls éléments ornementaux notables d'une composition qui privilégie l'harmonie des proportions sur l'ostentation. La toiture, à forte pente comme il convient sous ce climat venteux, était vraisemblablement couverte d'ardoise naturelle, matériau roi de la Bretagne. Intérieurement, la distribution suit le schéma classique de la maison de notable du XVIIe siècle : pièces de réception au rez-de-chaussée surélevé, chambres aux étages, espaces de service en sous-sol ou en appendice. La modestie relative du bâtiment par rapport aux grands hôtels armateurs du XVIIIe siècle malouin en fait un exemple précieux de l'habitat bourgeois pré-corsaire, antérieur au faste que développeront les grandes fortunes du règne de Louis XIV et de la Régence.
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