Hôtel de Gastaud (ou hôtel de Foresta ou hôtel de Montéty)
Joyau baroque aixois du XVIIe siècle, l'hôtel de Gastaud dévoile la grandeur de l'aristocratie parlementaire provençale. Ses façades classiques et sa cour intérieure témoignent du faste de la ville des eaux.
Histoire
Au cœur du quartier Mazarin, cette demeure patricienne s'impose comme l'un des témoins les plus éloquents de l'âge d'or d'Aix-en-Provence, lorsque la ville brillait de tous ses feux en tant que capitale de la Provence et siège du Parlement. L'hôtel de Gastaud — connu aussi sous les noms d'hôtel de Foresta et d'hôtel de Montéty, autant de patronymes aristocratiques qui jalonnent son histoire — concentre en ses murs plusieurs siècles de vie nobiliaire et bourgeoise. Ce qui distingue cet hôtel particulier de ses voisins, c'est la superposition lisible de ses campagnes de construction : le noyau originel du troisième quart du XVIIe siècle, sobre et majestueux, a été enrichi au XVIIIe siècle puis transformé au XIXe, si bien que la demeure offre au regard averti une véritable stratigraphie architecturale. Chaque façade, chaque aile, chaque détail sculpté raconte une strate de l'histoire sociale et artistique de la cité. La visite permet de saisir l'organisation typique de l'hôtel particulier méridional : une entrée cochère donnant sur une cour intérieure ordonnancée, des ailes distribuées selon une logique de représentation et d'intimité, des volumes généreux baignés par la lumière caractéristique de la Provence. Le visiteur sensible à l'histoire de l'art remarquera la qualité de la pierre de taille locale, ce calcaire clair qui confère aux demeures aixoises leur teinte dorée si reconnaissable. L'hôtel doit aussi une part de sa renommée à la présence du peintre-graveur Jean-Marie de Loustaunau, qui y élut domicile et y travailla. Cette dimension artistique en fait un lieu doublement précieux : patrimoine architectural d'un côté, mémoire de la vie créatrice aixoise de l'autre. Dans une ville qui compta parmi ses enfants Paul Cézanne et qui attira des générations d'artistes, ce type de connexion entre espace bâti et création plastique n'a rien d'anodin. Protégé au titre des Monuments Historiques depuis 1990, l'hôtel de Gastaud s'inscrit dans le tissu exceptionnel du vieil Aix, à deux pas du cours Mirabeau et de ses fontaines thermales. Pour qui souhaite comprendre la civilisation provençale dans toute sa profondeur, cette adresse est incontournable.
Architecture
L'hôtel de Gastaud s'inscrit dans la grande tradition de l'hôtel particulier méridional du XVIIe siècle, caractérisé par une organisation rigoureuse autour d'une cour intérieure. La façade sur rue, sobre et hiératique, adopte le vocabulaire classique alors en vogue : travées ordonnancées par des pilastres ou des chaînes de refend, fenêtres à meneaux ou encadrements moulurés, porte cochère à imposte richement traitée permettant l'accès aux voitures. Le calcaire d'extraction locale, dit pierre d'Aix, confère à l'ensemble sa teinte blonde chaleureuse, caractéristique du bâti aixois. La cour intérieure constitue le cœur architectural de la demeure. Encadrée par les différents corps de logis, elle respecte une symétrie savante et laisse deviner, dans ses arcades et ses modénatures, la main experte de Jean Jaubert. Les remaniements des XVIIIe et XIXe siècles ont enrichi le corpus décoratif : garde-corps en fer forgé ouvragé sur les balcons, corniches à modillons, enduits soignés rythmant les surfaces. Les intérieurs, bien que partiellement transformés au fil des siècles, conservent des éléments remarquables : plafonds à caissons ou stucs, cheminées sculptées, distributions en enfilade propres aux demeures de prestige. La superposition de trois périodes de construction — 1667-1671, fin XVIIIe siècle, XIXe siècle — se lit dans les légères discordances stylistiques qui font tout le charme de l'édifice : là où le classicisme jaubertien s'exprime avec gravité, le XVIIIe siècle apporte légèreté et grâce, tandis que le XIXe siècle tempère le tout d'un confort bourgeois discret. Cette palimpseste architectural est précisément ce qui en fait un objet d'étude précieux pour l'histoire de l'architecture provençale.


